Nettoyage d’automne

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Slide 1

De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.”

En 1995, pendant la campagne électorale des présidentielles, mon fils, âgé alors de 5 ans, me demanda à brûle-pourpoint, comme aiment le faire les enfants, ce qu’était le communisme. Et je lui fournis l’explication ci-dessus, issue de mes (faibles) connaissances marxistes. Juste un peu adaptée à son âge.

“C’est bien comme manière de faire…” me dit-il simplement.

On a l’influence qu’on peut. Je crois qu’aujourd’hui encore mon fils est un honnête homme.

Ce soir j’ai travaillé tard. Ce qui explique en partie l’heure tardive inaccoutumée à laquelle est publié ce billet.

En tant que fonctionnaire, j’ai un devoir de réserve, comme les Indiens. Je ne nommerai donc par l’élu municipal, socialiste de base fraîchement rallié au macronisme, que j’ai entendu, durant mon service, expliquer que la promesse de son nouveau leader d’étendre les horaires d’ouverture des bibliothèques serait – bien sûr – tenue, mais qu’elle se heurtait à “quelques contraintes budgétaires”.

Tu m’étonnes ! Entre la suppression de la taxe d’habitation et la “mise sous tutelle” programmée des collectivités, les marges de manœuvre se réduisent pour financer les services publics. Ce qui laissera d’autant de place au privé. dans les secteurs porteurs bien sûr. Et rémunérateurs ! Mais que voulez-vous, il n’y a plus d’argent vont répétant les chantres de la rigueur et de la “réduction nécessaire de la dépense publique”.

Pourtant, de l’argent il y en a. C’est ce que sont en train de nous révéler (une fois encore) les Paradis Papers qui nous dévoilent une toute petite partie de l’évasion – pardon de l’optimisation – fiscale qui ronge notre monde. “Les 3.250 familles françaises les plus riches de ce pays ont 140 milliards dans les paradis fiscaux”, explique ici le député – communiste – Eric Bocquet. Lequel estime que l’évasion fiscale représente de 60 à 80 milliards d’euros pour la France (chiffre que confirme notre ministère des Finances), 1 000 milliards pour les 28 pays de la zone euro, 5.800 milliards dans le monde (entre 8 et 10% de la richesse mondiale…)

Oui de l’argent, il y en a. I y en aurait si on se donnait la peine d’aller le chercher ailleurs que dans les poches des plus pauvres.

Et une alternative aussi, sans doute.

Contrairement à ce que m’a rétorqué vendredi soir dernier au Téléphone (sonne), Jacques Julliard, grand penseur de la “gauche” frileuse et auteur d’un récent volume de plus de 1000 pages sur L’Esprit du peuple (aux Éditions Robert Laffont, dont j’ai eu l’honneur d’être salarié il y a quelques décennies…)

Moi : “Je pense qu’il ya une vraie alternative à reconstruire à gauche, comme il y en eu une en Russie il y a 100 ans, par exemple. Sans aller jusque là, qu’est ce qu’on pourrait proposer qui nous fasse échapper à l’économie de marché qui est devenue le maître mot…” (Je sais, je ne suis pas toujours doué à l’oral, mais c’est toujours un peu impressionnant de passer à la radio…)

Jacques Julliard : “Écoutez, l’économie de marché est une chose qui désormais n’est contestée nulle part, tout simplement parce qu’il n’y a pas d’alternative…”

J’ai cru soudain entendre Thatcher !

Le rapport entre ces trois anecdotes et la photo du jour où l’on voit un ouvrier moscovite nettoyer une statue de Lénine, quelques semaines avant ce 7 novembre et la commémoration – timide – de la révolution bolchévique ?

J’ai comme l’impression que bien des cerveaux ont été nettoyés par un discours récurrent (ou récurant). Et j’ai envie de croire encore qu’il existe une alternative à l’accaparement des richesses au détriment des services communs, de l’aide au développement, du bien vivre collectif. Et à la course folle de ce vaste monde vers un désastre humain et écologique.

Sans nostalgie aucune pour aucune dictature, mais en imaginant comme possible ce simple principe, intelligible à un enfant de 5 ans :

“De chacun selon ses moyens, à chacun selon ses besoins.”

(Photo : Olga Maltseva)

Il n’y a peut être (heureusement) plus de goulag. Mais il existe encore quelques camps de détention. C‘est dans un camp anti-gay de Tchétchénie qu’aurait été torturé et assassiné en août dernier le chanteur russe d’origine tchétchène, Zelimù Bakaev.

Dont abcdetc vous offre Мичахь хьо лела безам, un de ses tubes, en hommage !