En même temps

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Slide 1

“C’était comme si je me souvenais de quelque chose, que je n’ai jamais connu ou que j’avais attendu toujours. Mais je ne savais pas quoi. Peut-être que c’était quelque chose que j’avais oublié ou quelque chose qui m’a manqué toute ma vie.
Seulement, je peux vous dire que j’ai senti en même temps la joie et la tristesse. Mais pas trop de tristesse. Parce que je me sentais vivante. Oui, vivante !”
Carol, dans Paris je t’aime – 14e arrondissement, d’Alexander Payne
(à regarder en intégralité ici)

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C’est la dernière fois j’utilise le titre du jour, promis ! Je tâcherai d’imaginer autre chose une prochaine fois… Soyez indulgent pour la paresse imaginative, la banalité qui me guette et pour l’exergue décalé. Qui exprime peut être, d’une autre manière, qu’il est possible de changer de regard, sur le monde ou soi même ou les deux. Dans certaines circonstances.

Ceci dit (exergue plus préambule), j’ai été surpris de trouver un prix décerné aux photographes de presse dans un pays qui aime si peu la liberté des journalistes. Pourtant les Istanbul Photo Awards viennent de dérouler leur 4e édition. Mais, en même temps, l’agence turque Anadolu est l’un de mes principaux fournisseurs d’images aux côtés des agences occidentales.

Comme Reuters, où officie Damir Sagolj, le gagnant de la photo de l’année 2018. Une photographie prise au camp de réfugiés Balukhali, au Bangladesh, où est mort de maladie Abdul Aziz, deux mois après que sa famille ait dû fuir la Birmanie voisine. Comme des milliers de Rohingyas victime de persécution.

“Une photo bouleversante, à la fois dure et paisible”, selon les mots de Marion Mertens, la présidente du jury et rédactrice en chef digitale chez Paris Match.

Je n’ai rien à ajouter, sauf cette autre photographie, trouvée lors de mes explorations sur le web il y a quelques jours.

Sur laquelle un jeune moine bouddhiste salue les mouettes, dans un geste lui aussi tellement paisible. Mais qui ne m’a pas empêché de penser à la dureté de ses semblables et coreligionnaires et leur responsabilité dans le massacre et l’exode des Rohingyas. Et de m’interroger pour savoir si cet enfant-là (dont j’ignore le nom) pourrait prier pour l’âme de celui-ci, Abdul Aziz.

En même temps… si (je le répète mais l’ai-je raconté ?) je n’ai pas tué l’oiseau, je n’ai pas sauvé l’enfant.

Me reste à savoir qui protégerai-je à défaut de prier ?

(Photos : Damir Sagolj, Lynn Bo Bo)

Puisqu’il y avait beaucoup à lire et à regarder dans l’article du jour (si vous êtes passé par la vidéo proposée dans l’exergue en plus…) vous pouvez fermer les yeux pour laisser se dérouler la musique et écouter tranquillement Gaye Su Akyol chanter Love Is A Foreign Country, accompagnée du collectif Dirtmusic, Chris Eckman, Hugo Race et Murat Ertel. Extrait de Bu Bir Ruya, un disque enregistré à Istanbul…