La politique du cliché

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“L’image est une diversion encouragée par les pouvoirs.  […] Contrôlant l’information par l’image, les politiques ont deviné sa capacité réductrice, faisant en sorte de la valoriser en tous domaines au détriment de ce qui peut, éventuellement, représenter pour eux un risque : la réflexion par l’écriture.”
Louis Calaferte

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Fidèle aux chemins de traverse que j’emprunte volontiers, je n’ai pas souhaité commenter la photo virale du moment, de deux énergumènes plantant un arbre sous les yeux de leurs femmes respectives et admiratives. Je vous renvoie juste aux commentaires du photographe Martin Argyroglo, qui finit par lâcher : “Il y a beaucoup de volonté dans cette photo mais pour quel résultat ?”

Et je vous propose juste deux photos de femmes de “pouvoir”, Theresa May et Angela Merkel, que le Guardian publiait l’une en dessous de l’autre il y a quelques jours.

Des mises en scène pour dire quoi ? Une même volonté de paraître pour être quoi ?

Quelle nécessité pour une Première ministre anglaise d’aller dire bonjour à une ouvrière à Dudley ? Quel intérêt pour le peuple allemand que sa chancelière tente – sans succès – de serrer la main d’un robot ?

Quel message tentent de nous faire passer tous les communicants (mes collègues si lointains) qui organisent ses mises en scène ?

La proximité du peuple, pour l’une qui n’a sans doute aucune idée de la vie ouvrière, au travail comme à la maison où il faut nourrir, loger, prendre soin de soi de soi et d’une famille avec un salaire de misère ?

L’apparence de la modernité pour l’autre, qui est peut être aussi loin des réalités que tant de ses homologues, malgré sa mythologie de femme de l’ex-RDA. Où la modernité, soit dit en passant n’était pas toujours de mise ?

Et l’illusoire apparence de passer pour quelqu’un d’ordinaire, proche du peuple pour être populaire, apprenant par cœur le prix du ticket de métro (ou de bus) avant de lamentablement se tromper sur celui du  du pain au chocolat…

Des images que remplaceront d’autres images. Et des petites phrases parfois. Et des discours qu’on n’écoute plus. Est-ce tout ce qui nous reste de la politique ? Des fragments de vie artificielle exposés tout à tour à destination de segments successifs d’un électorat qui se raréfie…

Je rêve d’une modernité qui n’imite pas le Giscard de 1974 (il y a 44 ans !) son accordéon et ses petits déjeuners avec les éboueurs. Et qui s’efface et nous laisse respirer.

Mais je sais que mes (lointains) confrères en communication sont encore loin de cette modernité réellement révolutionnaire et disruptive.

Alors les images succèderont encore aux images. Jusqu’à ne plus vouloir rien dire.

Jusqu’à ce que de plus en plus lassés de faux-semblants les électeurs s’abstiennent ou votent blanc, majoritairement ?

Angela Merkel a dès lors l’avantage de s’adresser aux robots qui à ce moment nous remplaceront peut être dans les isoloirs.

Avec cette question subsidiaire : si les robots votent un jour, qui les aura programmé pour cela ? Et, regardant une dernière fois ces deux images de femmes de “pouvoir”, la réflexion complémentaire à la question subsidiaire : dans un univers informatique ou règne la domination masculine, les femmes auront encore plus de mal à accéder au pouvoir…

Mais je me suis peut être égaré pour rien dans mes pensées.

Alors, je suis revenu au chêne de l’Aisne et, pas bien loin du Bois Belleau, j’ai trouvé une photographie du chêne de Lucy-le-Bocage.

Et de sa force tranquille. Et pas éphémère !

(Photos : Darren Staples, Tobias Schwarz, Rémy Salaün)

J’ai quand même réussi, pour faire la synthèse entre les trois images du jour, à dénicher Alice Merton, une chanteuse germano-britannique et sans racines.

D’où sa chanson No Roots !