Maillot noir

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Slide 1

“Venise n’est pas en Italie
Venise, c’est chez n’importe qui
[…]
C’est où tu vas, c’est où tu veux
C’est l’endroit où tu es heureux.”
Serge Reggiani

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Affirmer que Venise n’est pas en Italie est une licence poétique acceptable. Mais rapprocher Jérusalem de la péninsule, au delà d’un raccourci historique (les légions romaines ont quitté la ville depuis quelques siècles), est un signe politique fort… “maladroit”.

En entendant ce matin la radio m’annoncer le départ du Giro (le tour cycliste d’Italie), je me suis dit que le printemps était là malgré tout. Mais quand j’ai appris dans le même temps que le départ s’effectuait depuis Jérusalem, j’ai senti passer les nuages.

A quelques jours du déménagement de l’ambassade étasunienne dans ce qui n’est toujours pas la capitale israélienne, cette délocalisation semble pour le moins déplacée. Mais elles fait le bonheur des autorités israéliennes, qui n’ont aucune ambition de développer la pratique du cyclisme dans leur pays, mais qui se délectent de tout signe de reconnaissance de leur domination sur cette ville divisée. Et dont la moitié palestinienne est sous occupation militaire…

Pour complaire à un gouvernement qui ne rigole pas avec les symboles, les organisateurs ont même accepté de retirer la mention géographique de leur communication.

“A Jérusalem, la capitale d’Israël, il n’y a pas d’est ou d’ouest. il n’y a qu’un seul Jérusalem unifié”, ont expliqué les ministres des sports et du tourisme lors de l’annonce du tracé en novembre dernier. Précisant pour bien se faire comprendre que “si l’écriture ne change pas, le gouvernement israélien ne sera pas partenaire de l’événement”.

Au lieu de se dérouler à Jérusalem Ouest, le contre la montre inaugural du Giro s’est donc déroulé à Jérusalem. Tout court et tout simplement. Et pour ne fâcher personne, la course respectera même le sabbat. Pendant qu’on y est.

Les Palestiniens ont beau protester, discrètement (au moins dans le relais médiatique), la propagande sportive a marché à plein régime.

Et, à propos de régime, cet asservissement du sport à un régime nationaliste (“proche du nazisme à ses débuts”, selon l’historien israélien Zeev Sternhell déjà cité ici…) rappelle de bien tristes souvenirs.

On aimerait se tromper.

(Photo : Oded Balilty – montage avec Handala : abcdetc)

Après avoir appris au passage que la musique de Bella Ciao aurait des origines yiddish, j’ai trouvé une musique plutôt en rapport avec le sujet du jour.

Petra Magoni et Ferruccio Spinetti, réunis sous le nom de Musica Nuda, délivrent une interprétation très personnelle de Another Brick in the Wall.