Si loin, si proche

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“Vous contestez et votre contestation est aussitôt récupérée par le régime. La stratégie du capitalisme libéral consiste à capitaliser la violence des opposants pour effrayer les classes moyennes et se consolider au pouvoir par la peur.”
Robert Merle, Derrière la vitre

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Contrairement à ce que pourrait laisser supposer la citation du jour, je n’ai pas vraiment de prétention contestataire et – par conséquent – qu’une crainte limitée de la récupération. J’admets même que je suis à la fois irrécupérable et parfaitement intégré à la société dans laquelle je me débats et m’intègre imparfaitement.

Bref…

Cette citation du jour me permet de faire un lien approximatif entre le billet du week-end dernier, et l’évocation de mai 68, et les images du billet du jour, écrit un week-end plus tard et que j’antidaterai pour me faire croire que je ne suis pas en retard. Comme le lapin d’Alice, que j’ai failli citer si je n’avais choisi de parler de vitre plutôt que de miroir.

À cause de ces deux images du jour qui se succédaient mercredi (soit hier selon la date de ce billet) dans la galerie d’un de mes confrère, que séparent 3300 kilomètres et 42 heures de route, soit la distance entre Shchomyslitsa en Biélorussie et Baïkonour au Kazakhstan, et que réunit la présence ce ces vitres. Qui séparent : la petite fille et les canetons, au salon de l’agriculture ; le petit garçon, et (son père ?) Sergey Prokopyev, au cosmodrome avant le départ pour l’espace.

Et tout ce que je ne suis pas bien parvenu à exprimer : de l’émotion de ces doigts collés aux vitres, de la conquête spatiale qui ne fait plus rêver, des canards qui survivent dans un monde où tellement d’oiseaux disparaissent, des vitres qui font écran, de tous ces écrans qui séparent, éloignent, travestissent de la réalité qui se transforme, du regard d’enfant qui s’est perdu, du sourire qui parfois résiste, des proximités apparentes, de cet écran où s’inscrivent ces mots balbutiants et de ceux où quelques rares regards me liront, de loin, sans que j’ai pu faire comprendre ce que je ne comprends pas bien moi même.

Et sans doute plein d’autres choses.

Depuis mercredi, la fusée Soyuz MS-09 a décollé et s’est arrimée à l’ISS qui continue de tourner autour de notre planète. Les canetons ont grandi et le salon de l’agriculture biélorusse se termine dimanche.

Et j’ai rattrapé une journée de retard. Mais pas le temps perdu ni celui qu’il reste à perdre et m’échappe encore.

(Photos : Viktor Drachev, Vyacheslav Oseledko)

Quand tout se mélange, laisser aller davantage.

Écoutez Catrin Finch et Seckou Keita les yeux fermés et tentez de discerner les sons de la harpe de l’une de ceux de la kora de l’autre…

Alors ?