Il n’y a plus d’Amérique

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“Rien n’est jamais acquis à l’homme, ni sa force
Ni sa faiblesse ni son cœur, et quand il croit
Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix…”
Louis Aragon (chanté par Georges Brassens et Nina Simone)

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Évoquer Brel et Brassens dans le même billet, comme une manière de vérifier qu’il existe des points d’accroche qui ne se dérobent pas et que n’emportent pas les péripéties du monde et de la vie.

À cause d’un gilet de sauvetage hissé sur la statue de Christophe Colomb (l’Amérique) à Barcelone par des militants de l’ONG Proactiva Open Arms (les bras ouverts et leur ombre dérisoire…)

Tout un symbole et même plusieurs. Et je me sens les bras ballants.

Touché de toute cette détresse de ceux “qui vivent à la dérive”, selon les mots de l’ONG espagnole, qui tentent de fuir l’invivable en espérant une vie meilleure, dans nos pays tellement moins invivables mais de moins en moins viables. Mais il ne faut pas se plaindre, parce que c’est pire ailleurs.

C’est vrai. C’est faux.

Ne sommes-nous pas à la dérive dans nos sociétés qui ne savent plus trop quel est le cap à garder et qui n’ont plus souvent comme boussole que l’argent, la compétition et ce progrès brandi comme l’étendard derrière lequel nous devrions nous ranger pour conjurer toutes nos peurs, de l’avenir comme du présent? Ce “progrès qui ne vaut que s’il est partagé par tous”, proclamaient en 1991 les publicités de la SNCF, qui avait “emprunté” la formule (ai-je appris en recherchant la date) à Aristote (384-322 av. J.-C). Quelle dérision ! Et, encore plus dérisoire, j’ai aussi appris que se slogan fut abandonné en 1995, au bénéfice de “À nous de vous faire préférer le train”, suite à quelques problèmes de modernisation et de mise en service du “Système offrant à la clientèle des réservations d’affaires et de tourisme en Europe”, plus connu sous le nom de … Socrate !

Je ne suis pas à la mer, mais amer. Mauvais jeu de mots.

Les mots qui me manquent face à la seconde image du jour, de cette femme nigérienne se cachant – mal – sous je ne sais quel chantier de Tamanrasset pour “avoid deportation”, me dit la légende qui accompagnait la photo. Et même si “deportation” se traduit – aussi – par expulsion, le mot me frappe.

Et, toujours les bras ballants, j’ai le cœur qui se serre.

Et je sais que ça ne sert (jeu de mots aussi mauvais) à rien !

(Photos : Emilio Morenatti, Ryad Kramdi)

À propos de philosophes antiques et d’Afrique, notre président jupitérien était hier à Lagos au Nigeria pour célébrer “la créativité et l’énergie africaine. […] Celle qui est loin du préjugé sur l’Afrique et le malheur”.

Je préfère donc m’abstenir de vous passer un morceau d’afrobeat aujourd’hui. Et vous propose de remonter vers le … Niger, pour écouter Bombino, digne héritier de la musique touareg.