Replonger

Slide 1

“Je crois vraiment que si les leaders politiques du monde pouvaient voir leur planète de loin, disons à 150.000 km de distance, leur vision serait fondamentalement modifiée. Les frontières deviendraient invisibles et soudain silencieuses. Le globe minuscule continuerait sa rotation, ignorant tranquillement ses divisions, présentant un seul visage qui crierait pour être compris et traité d’une même manière. La terre doit devenir telle qu’elle apparaît : bleue et blanche, ni capitaliste ni communiste ; bleue et blanche, ni riche ni pauvre ; bleue et blanche, ni envieuse ni enviée.”
Michael Collins, pilote de la mission Apollo 11 en juillet 1969

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J’ai depuis toujours (au moins depuis 1969) une certaine affection pour Michael Collins, l’astronaute resté en orbite autour de la lune pendant que Neil Armstrong et Edwin “Buzz” Aldrin faisaient des cabrioles à la surface de notre satellite. Celui que certains ont désigné comme “l’homme le plus seul au monde depuis Adam” n’aura pas connu la même gloire que ses coéquipiers et, pendant longtemps, je me suis comparé à cet homme, disant en boutade que, même si j’étais parti pour la lune, je serais resté dans la capsule. Et que mon père aurait vanté les exploits des autres…

Aujourd’hui mon père est bien mal en point et – presque – inoffensif. Mais, en revenant ce matin au travail qui me paye, j’ai quand même pensé à Michael Collins, comme à tous ceux qui sont revenus un jour de l’espace vers la terre, tellement j’avais l’impression d’atterrir sur une autre planète après quatre jours de parenthèse dans les rues d’Aurillac pendant le festival.

Bref.

Il faut bien replonger. paraît-il. En attendant de repartir de nouveau en orbite.

Et, même si je n’aime pas le dicton populaire qui assène que ça pourrait être pire, je préfère à tout prendre replonger dans un travail qui me paye même s’il m’ennuie que dans les marais du Sudd, au Sud Soudan, d’où émerge la tête de l’enfant du jour.

Une fillette comme des milliers d’autres.

Comme des millions de “déplacés internes” en fuite à l’intérieur de ces frontières qui existent encore bel et bien. 40,3 millions de personnes en 2016 (contre 22,5 millions de réfugiés et 2,8 millions de demandeurs d’asile).

La terre continue de tourner, loin du regard des leaders politiques.

(Photo : Andreea Campeanu)

En évoquant Aurillac.

“… avant d’entrer dans la peau de Marilyn pour cette dernière représentation à Aurillac, j’écoute la douce mélodie de Oro Santo de Buika. Cela m’aide, apaise mon corps et mes muscles. Je sais que nous sommes justes dans cet acte de nous donner à voir, d’être des passeurs d’une histoire notre histoire. Je suis fière et heureuse d’être à cette place, d’être l’artiste que je suis ( avec mon trop et mon pas assez).”
Leonor Canales Garcia, Cie À Petit Pas

J’ai assisté à cette dernière représentation. J’ai doublement pleuré.

Une musique en dédicace et en hommage. Voire davantage…