Quelque part

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“Ce qui embellit le désert c’est qu’il cache un puits quelque part…”
Antoine de Saint-Exupéry, Le Petit Prince

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abcdetc c’est un regard posé sur le monde. Tellement subjectif.

Ainsi, en ce (depuis un) moment, je m’interroge sur ma présence ici, près de la grande ville où je me suis “exilé” depuis bientôt six ans. Sur mes racines inexistantes et sur ma prochaine destination, toujours aussi incertaine à mesure qu’avance le moment du départ, dans quelques mois, dont j’ignore s’il sera provisoire ou définitif.

Pourtant, même si je déteste la maxime tellement banale qui va répétant que “ça pourrait être pire”, variante du rassurant “on n’est pas les plus malheureux”, l’angoisse de mon incertitude s’est tellement dissipé ce soir en trouvant les deux images du jour, qui se font écho.

La première montre les ruines du camp de réfugiés palestinien de Yarmouk, bâti en 1957, et tellement détruit par 7 années de guerre qu’il faudra sans doute plusieurs mois (plusieurs années?) pour qu’il redevienne habitable. Sinon vivable.

160.000 personnes y vivaient en 2011 ! Où se sont réfugiés ceux qui ne sont pas morts ?

Sûrement pas à Gaza, pourtant à moins de 300 kilomètres de là, où près de 2 millions d’autres Palestiniens vivent toujours dans une prison à ciel ouvert, et où plusieurs milliers d’entre aux viennent protester, chaque vendredi depuis le mois de mars, à la frontière avec Israël. Dont l’armée “riposte” chaque semaine. Aujourd’hui six manifestants encore sont morts, portant le bilan à plus de 200 tués depuis le 30 mars. Pour un soldat israélien, ce qui témoigne de l’équilibre tout relatif de ce que d’aucuns désignent encore sous le nom de “guerre”…

Je sais que mon regard et mes mots ne changeront rien, une fois encore.

Je ne sais pas vraiment quoi faire de mon émotion et de mes mots.

Je n’irai pas à Gaza où mon gouvernement me “déconseille formellement” de mettre les pieds. Et si je prends le chemin de Damas, ce ne sera que de manière symbolique. Et bien sûr inattendue.

Je mesure juste la chance d’être quelque part où je peux prendre le temps, sans risque (et donc sans angoisse superflue), de penser à ma prochaine destination.

Où j’emmènerai avec moi mon regard, mes mots, ma sensibilité impuissante d’homme.

(Photos : Louai Beshara, Saïd Khatib)

abcdetc c’est aussi une oreille tendue vers les musiques du monde, au hasard ou au petit bonheur.

Au moment où j’ai commencé à écrire ce billet, Mutate de Jeanne Added passait (encore une fois) sur les ondes.

Une chanson en écho à mon désir de trouver une destination… à défaut d’une destinée (et d’un destin pour ce monde).

Take me to a destination where I can compete
Another the way to liberation almost complete
See how operate now how modulate now
Can you feel the vibration waving through me

It’s unusual how I mutate

(La traduction complète et approximative est ici)