Liberté (de la)
ça presse

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“Arthur… Où t’as mis le corps
Qu’on s’est écriés-z-en chœur
– Ben… j’sais pus où j’l’ai foutu, les mecs
– Arthur? Réfléchis, nom de d’là… ça a une certaine importance…”
Chanson de Boris Vian, interprétée par Serge Reggiani

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Quatre jours après une perquisition rocambolesque au consulat d’Arabie saoudite à Istanbul (première image du jour) et 17 jours après la “disparition” du journaliste Jamal Khashoggi, le procureur général saoudien a donc expliqué ce qui s’est passé le 2 octobre dernier :

“Les discussions qui ont eu lieu entre lui et les personnes qui l’ont reçu au consulat saoudien à Istanbul ont débouché sur une rixe à coups de poing avec le citoyen Jamal Khashoggi, ce qui a conduit à sa mort, que son âme repose en paix.”

Pour la paix de son âme il serait peut être bien de retrouver le corps du journaliste saoudien. Pour une meilleure manifestation de la vérité, il serait bien qu’une autopsie permette de mesurer la force des poings du personnel diplomatique saoudien.

Il est touchant de voir Recep Tayyip Erdoğan défendre la liberté de la presse dans un pays classé 157e sur 180 pour la liberté de la presse par Reporters sans frontières, où plus de 150 médias ont été fermés et des centaines de journalistes emprisonnés depuis le coup d’État de juillet 2016.

Il est touchant également de voir des pays plus démocratiques de la “communauté internationale” demander des explications plus précises aux Saoudiens, en les menaçant de “suspendre” les exportations à leur destination.

Il est affligeant de voir tant de monde s’émouvoir (légitimement) de la mort de Jamal Khashoggi et passer sous silence la mort de 10.000 autres personnes.

Dans son dernier article paru dans le Washington Post, Jamal Khashoggi, demandait au prince héritier soudien, Mohammed ben Salmane (alias MBS) de restaurer la “dignité” de son pays en cessant la guerre “cruelle” au Yémen.

Je ne pense pas qu’il y ait de guerre non cruelle. Mais celle qui frappe la population yéménite confine au crime contre l’humanité, avec des milliers de victimes et des survivants qui ne doivent plus cette survie qu’à l’aide internationale pour les ¾ d’entre eux, soit 28 millions de personnes (la seconde image du jour, où des personnes font la chaîne pour récupérer cette aide…)

Mon confrère Guillaume Erner, en compagnie duquel je me réveille, nous rappelait ce matin sur France-Culture que depuis le début de cette guerre, il y a déjà trois ans, 18.000 raids aériens ont été menés par l’Arabie saoudite.

Avec des avions et des bombes fournis, rappelons-le, par nos pays démocrates, parmi lesquels la France, dont le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, rappelait ce weekend, en exprimant ses “attentes à l’égard des autorités saoudiennes”, que “nos deux pays sont liés par un partenariat stratégique qui implique franchise, exigence et transparence.”

Franchement, je ne pense pas qu’un embargo sur les ventes de scie à os à l’Arabie saoudite suffira à nous rendre notre dignité !

(Photos : Murad Sezer, Kemal Aslan)

La jeune chanteuse turque Özlem Bulut porte le voile, mais pour jouer. Et elle joue – et chante – bien.