Rien acheter

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“Il faut changer avant que le changement arrive. »
Ma Yun (chinois simplifié : 马云, dit Jack Ma)

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Le Monde entier célébrait donc hier le centenaire de l’armistice qui mit fin à la guerre la plus meurtrière du siècle passé, laissant derrière elle plusieurs millions de veuves (et de veufs, oui).

Mais pendant ce temps, la Chine célébrait… les célibataires.

Des millions de cœurs solitaires, dont une majorité d’hommes, “victimes” de la politique de l’enfant unique qui causa un déficit de naissances féminines.

Des étudiants de l’université de Nankin ont eu l’idée, en 1993, de lancer une Fête des célibataires (光棍节), en choisissant la date du 11 novembre à cause de tous ces 1 (11/11) qui évoquent bien la solitude.

Mais il n’a pas fallu bien longtemps pour que cette tradition juste décennale soit récupérée par le géant de la vente en ligne, Alibaba, qui a lancé en 2009 une grande fête de la consommation, avec une journée à prix cassés sur son catalogue et celui des centaines de sociétés qu’héberge le numéro 1 mondial du e-commerce.

Avec chaque année un nouveau record du montant des achats et du nombre de commandes passées en 24 heures.

Les chiffres de 2018 sont respectivement de 213,5 milliards de yuans de ventes (27 milliards d’euros), en progression de 27% par rapport à 2017, et le nombre de commandes a dépassé le milliard (contre 812 millions l’an passé).

Dans un pays qui compte 1,4 milliards d’habitants, ça fait une sacrée proportion d’acheteurs. Et ça vérifie sans doute au passage le dicton nigérien qui dit : “T’achètes chinois, t’achètes deux fois…”

“Ce n’est que le début”, a fièrement déclaré Jack Ma, le fondateur et patron d’Alibaba. Avant d’ajouter : “Nous venons de passer un cap important, vous avez pu voir la force de la consommation chinoise. C’est un grand jour !”

Le Grand soir communiste ou le Grand bond en avant semblent bien loin.

Mais je ne suis pas certain que la flambée de la consommation soit une vraie solution au problème de célibat. Ni une réelle consolation de la solitude.

Et l’occident devrait se méfier. Si avec l’augmentation de leur pouvoir d’achat conjuguée à la fermeture des marchés pour cause de protectionnisme, les Chinois se mettent à consommer sur place ce qu’ils produisent, c’est peut être une solution au réchauffement climatique avec la baisse des transports de toutes ces marchandises, mais ça pourrait provoquer chez nous quelques pénuries des produits dont on a pris l’habitude de délocaliser la fabrication chez eux.

En attendant une pénurie de consommateurs pour cause de célibats prolongés.

Mais ça risque de demander du temps !

(Photos DR)

Ah oui ! J’ai oublié d’expliquer le titre du jour. (Presque) emprunté à Brassens. Que ceux qui comprennent le calembour lèvent le doigt…

Juste comme ça, parce que j’ai retrouvé l’autre jour cette chanson que j’aime bien, et à cause des 9 millions de bicyclettes de Pékin, pas encore toutes remplacées par des voitures, même si (je l’ai appris ce matin) une automobile sur trois vendue dans le monde est achetée par un Chinois.

Katie Melua : Nine Million Bicycles.