La théorie du ruissellement

,

Slide 1

“L’argent, plus on en a, plus on manque !”

*

Cette citation du jour m’a été prononcée il y a bien des années déjà, au tout début de ma vie professionnelle, lors de mon premier entretien annuel d’évaluation. Au lieu de l’augmentation – substantielle – de salaire qui m’était alors proposée, j’avais demandé une réduction de mon temps de travail, qui était alors encore fixé à 39 heures.

Ça avait fait rire mon interlocuteur, qui m’avait ainsi prévenu que, avec le temps, je ne trouverais peut-être pas toujours que je gagnais assez pour vivre correctement.

J’ai eu la chance de ne pas manquer. En vaillant aussi à ne pas augmenter mes besoins de manière inconsidérée. Mais la phrase m’a marqué et, voyant le comportement de certains, j’ai compris ce que pouvait être ce manque de ceux qui ont déjà trop.

Bien loin du manque réel de ceux qui n’ont rien ou trop peu. Dont les revenus ne suffisent pas pour vivre décemment et dont les fins de mois commencent de plus en plus tôt.

Ces deux extrêmes se percutent aujourd’hui dans l’actualité : ceux qui n’ont pas assez et voient encore leur “pouvoir” d’achat amputé, et celui qui a tellement trop qu’il en voulait toujours plus.

Carlos Ghosn, PDG de Renault et président non exécutif de Nissan et de Mitsubishi, a été arrêté et incarcéré, lundi dernier à Tokyo, dans le cadre d’une enquête portant sur des soupçons de fraude fiscale et d’abus de biens sociaux.

Le salarié le mieux payé de France aurait gagné 13 millions d’euros en 2017 et plus de 100 millions d’euros de 2009 à 2016, selon les estimations. Un revenu 1000 fois supérieur à celui des ouvriers de base qui fabriquent les voitures.

Pas mal, non !

Mais cela ne suffisait visiblement pas au PDG, qui aurait donc dissimulé au fisc une petite moitié de ses revenus, soit 39 millions. Et profité aussi de quelques achats immobiliers via une filiale de Nissan pour quelques17,8 millions de plus.

À l’obscénité de l’écart salarial et de la folie de ses revenus, ce patron exemplaire ajoute donc le scandale de la fraude fiscale. Qu’il est loin d’être le seul à pratiquer, soyons juste, puisque cette fraude atteint chez nous les 100 milliards par an, soit plus que le déficit de notre budget (98,7 milliards).

Alors bien sûr Carlos Ghosn bénéficie de la présomption d’innocence. “Il est trop tôt pour se prononcer sur la réalité et la matérialité de faits sur lesquels je ne dispose pas d’éléments supplémentaires”, comme l’a déclaré Emmanuel Macron, le jour même de l’arrestation. Et  nous n’avons “pas de preuves”, a renchéri notre ministre de l’Économie, Bruno Le Maire.

En attendant les preuves et le moment de se prononcer, les menaces pèsent sur le devenir du groupe Renault-Nissan, dont les salariés, ceux qui ont survécu à la politique de dégraissage des effectifs du “cost-killer”, craignent les effets collatéraux des malversations de leur PDG et de devoir payer les conséquences de ses turpitudes fiscales.

Si l’on avait eu un peu de mal à voir les effets du ruissellement après les cadeaux fiscaux offerts aux plus riches au début du quinquennat, voilà qui va aider à mieux comprendre cette théorie économique inspirée…

Photo : L’image du jour est un montage, que j’ai dû faire moi-même,
mes recherches de “Carlos Ghosn en gilet jaune” sur le web
s’étant révélées infructueuses, à part le dessin ci-dessous :

Rester optimiste ! On va essayer…

Baptiste W. Hamon nous chante Comme la vie est belle.