Il y a urgence

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« On dit d’un fleuve emportant tout qu’il est violent, mais on ne dit jamais rien de la violence des rives qui l’enserrent. »
Bertolt Brecht

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Comment parler d’autre chose ?

Depuis samedi, les images se répandent. Et pas seulement dans les télévisions de mon pays (que je ne regarde pas) et chez mon confrères nationaux qui écrivent encore.

Elles ont aussi envahi les sites de la presse internationale (en Angleterre, Allemagne, États-Unis, Italie, Espagne, et ailleurs ou je me suis lassé de chercher les mêmes photographies…). Et l’un de mes fournisseurs habituels d’images internationales consacrait même ce matin une galerie de 40 photographies aux « pires émeutes à Paris depuis 1968 ».

J’étais bien jeune en 1968 pour voir autre chose que l’arrêt des programmes sur l’unique chaîne télé de l’époque. Et encore…

Aujourd’hui, je suis juste trop vieux pour monter sur les barricades, mais pas assez pour ne pas comprendre que le brouillard médiatique, juste amplifié par la multiplication des canaux d’information, ressemble furieusement à la désinformation d’alors, pilotée par feu le ministère de l’information.

Et que le maniement de la peur pour disqualifier la colère est toujours la même.

Violences, vandalisme, explosion, radicalisation, insurrection, menace sur la démocratie… Les qualificatifs ne manquent pas dans la presse – nationale et internationale – pour légender, expliquer, commenter, analyser, expertiser toutes les images de ce samedi.

Et la lutte contre la désinformation prend parfois d’étranges détours…

Comment parler d’autre chose ? Mais que dire de plus ? Que dire de juste ? Que comprendre ?

À part que la pire violence n’est pas forcément celle de samedi. Que l’explosion était tellement prévisible, voire inévitable face au cynisme présidentielle et l’immobilité des marcheurs qui l’accompagnent. Que la radicalisation était inscrite dans les résultats électoraux de l’année dernière où, déjà, la démocratie était tellement mise à mal. Avec cette injonction, encore et toujours, de faire barrage à l’extrême droite. Et après ?

« La démocratie pourrait ne pas survivre au 21e siècle », prédisait hier Anne Applebaum, ma consœur du Washington Post.

Alors quoi d’autre ?

Non, je ne sais pas que dire. Quels mots ajouter au flot de paroles.

Je m’aperçois juste que j’ai commenté ici tellement de photographies du monde lointain et que je ne sais pas vraiment quoi dire du monde proche.

Et que je ne sais pas vraiment à quel monde j’appartiens.

(Photos : Stéphane Mahé, Alain Jocard, Simon Guillemin)

Violences, injustice, déni de démocratie…

La France n’est pas la seule touchée par le phénomène.

En Palestine occupée, des enfants meurent parfois sous les balles.

C’est à eux qu’a voulu rendre hommage le Trio Joubran, avec cette chanson enregistrée en compagnie de Roger Waters des Pink Floyd.

Carry the Earth, une chanson dédié à tous ceux qui résistent pour leur terre et en particulier à quatre jeunes cousins assassinés alors qu’ils jouaient au football sur une plage de Gaza. Un titre inspiré par un vers du poète Mahmoud Darwish :

« The dead who die to carry the earth after the relics are gone. »