Magyar et la manière

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“Le matin des étrennes
Ah ! Quel beau matin, que ce matin des étrennes !
Chacun, pendant la nuit, avait rêvé des siennes
Dans quel songe étrange où l’on voyait joujoux,
Bonbons habillés d’or, étincelants bijoux,
Tourbillonner, danser une danse sonore,
Puis fuir sous les rideaux, puis reparaître encore !
On s’éveillait matin, on se levait joyeux,
La lèvre affriandée, en se frottant les yeux …
On allait, les cheveux emmêlés sur la tête,
Les yeux tout rayonnants, comme aux grands jours de fête,
Et les petits pieds nus effleurant le plancher,
Aux portes des parents tout doucement toucher …
On entrait ! …puis alors les souhaits … en chemise,
Les baisers répétés, et la gaieté permise !”
Arthur Rimbaud

*

Je sais que j’ai déjà cité Rimbaud hier. Mais le matin des étrennes m’est revenu au fil de la pensée, avec le souvenir d’avoir récité la poésie du jour. Dont j’avais oublié qu’elle était d’Arthur Rimbaud. C’est un peu loin dans ma mémoire.

Je me souviens très bien par contre, plus récemment, d’avoir manifesté contre les lois travail 1 et 2, sans aucun succès. Pas plus que contre le recul de l’âge de la retraite ou la Constitution européenne. Ah non, ça c’était un référendum, d’initiative impopulaire.

Bref.

En un mois, les gilets jaunes ont ringardisé nos vieilles manifestations et, même si les promesses télévisuelles macroniennes ressemblent à des clopinettes, c’est toujours mieux que le rien du tout obtenu ces dernières années par le classique combat syndical.

C’est à vous dégouter du syndicalisme. Mais c’est peut être le but.

Mais, comme dit le dicton de merde d’une sagesse populaire de mes deux (si je peux me permettre, merci), ça pourrait être pire.

On pourrait être Hongrois.

Chez eux, la nouvelle loi travail promet des heures douloureuses aux salariés, notamment avec la possibilité de leur demander (de les obliger) de faire 400 heures supplémentaires par an (soit l’équivalent de deux mois de travail) qui pourront être payées jusqu’à trois ans plus tard.

D’où la colère qui s’exprime depuis une semaine dans les rues du pays, où déferlent, malgré le froid, plusieurs milliers de personnes, dont certaines hurlent même au retour de l’esclavage.

Tout de suite les grands mots !

A priori,il y a peu de chances que les manifestants fassent revenir Viktor Orban sur ces décisions. Même pas pour leur jeter des miettes, Macron n’étant pas vraiment sa source d’inspiration.

On peut se dire que la Hongrie n’est pas la France. Mais on ne devrait pas dire que ça pourrait être pire. Parce que ça pourra bientôt l’être.

En effet, l’union européenne, dont on avait oublié qu’elle pouvait se préoccuper de droits sociaux, toute obnubilée qu’elle est pas les règles budgétaires et les rècles du “marché” (à la main toujours invisible),  a commencé à réfléchir à un socle européen des droits sociaux”.

Avec de beaux principes : salaire équitable, droit à la santé, formation tout au long de la vie, meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, égalité entre les femmes et les hommes, revenu minimum… Mais pas encore de chiffres !

On peut quand même, sans grand risque de se tromper, imaginer que le socle, comme son nom l’indique, ne sera pas trop éloigné du plancher. C’est à dire sans doute plus proche des droits des Hongrois (ou des Roumains) que de ceux des Allemands ou des Français. Pour éviter tout dérapage budgétaire, garantir la concurrence et lutter – efficacement – contre le fameux “coût du travail” qu’on n’oppose plus trop au coût de la vie. Ni à celui des actionnaires.

Les Hongrois et les autres peuples européens n’ont pas fini de manifester.

(Photos : Bernadett Szabo, Mohai Balázs, Zoltan Balogh, Huszti István, Yeni Şafak)

Un peu de musique hongroise ou presque. Si le groupe Úzgin Űver et la chanteuse Flora Polnauer (alias PollyFlow) sont bien tous Hongrois, les paroles de la chanson Shirat HaYam sont en hébreu…