Extrêmement loin

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« Il serait intolérable que les militaires soient victimes de l’incompréhension, voire de l’agressivité, des chrétiens, il le serait tout autant d’en arriver à condamner sans appel ceux qui, par le moyen de la non-violence ou de l’objection de conscience, n’ont pas d’autre but que de faire leur le cri de plus en plus angoissé de l’humanité : “Jamais plus la guerre”. »
Guy-Marie Riobé, évêque d’Orléans, dans une homélie prononcée le 4 juin 1972 devant les membres du congrès départemental des anciens combattants victimes de la guerre, et en présence du ministre des anciens combattants

*

Plutôt qu’une citation de Jean-Marie Lustiger, qui refusa paraît-il une légion d’honneur, j’ai préféré rechercher quelques mots de son prédécesseur, que j’ai eu la chance de connaître – un peu – avant son décès accidentel en juillet 1978. J’avais même assisté alors à ses funérailles dans la cathédrale d’Orléans, où son successeur – le sus-dit Lustiger – réussit à ne pas prononcer son nom !

Une introduction que j’ai trouvée idéale pour introduire ce billet aux relents religieux, le jour où s’ouvre le procès du cardinal de la grande ville à côté de chez moi, poursuivi (ainsi que cinq anciens membres de son diocèse) pour non-dénonciation d’agressions sexuelles sur mineurs, et qui demandait hier “au seigneur que s’accomplisse le travail de la justice”. Ce qui a dû faire plaisir à la présidente du tribunal.

Bref.

Si je reprends le cours normal de ce blougui en me tournant vers un – récent – passé, ce n’est pas par esprit rétrograde, ni par une envie de faire marche arrière. J’ai plutôt une certaine impatience à entamer cette année, de transition plus sûre, malgré les incertitudes, que la transition climatique ou énergétique dont on n’a pas fini de nous rebattre les oreilles.

Je ne vais donc pas me livrer, après la rétrospective 2018, à une nouvelle rétrospective des événements passés entre Noël et l’Épiphanie. Mais je ne pouvais pas passer à côté d’un des événements marquants de ce tout début d’année.

Les femmes indiennes de l’état du Kerala ont participé, le 1er janvier, à la plus grande manifestation que j’ai jamais vue.

Des milliers d’entre elles ont formé une chaîne humaine de plus de 600 kilomètres le long des routes, pour apporter leur soutien à une décision de justice, autorisant les femmes à fréquenter le temple de Sabarimala.

En effet, les femmes pouvant être impures au moment de leurs règles, l’accès de ce temple (comme d’autres lieux intégristes à travers le pays) leur était carrément interdit, entre 10 et 50 ans, jusqu’à un arrêt de la Cour suprême indienne, en septembre dernier.

Décision critiquée par l’ultra-nationaliste et extrêmement hindouiste Premier ministre, Narendra Modi, imité par plusieurs centaines de manifestants, tout aussi exaltés que leur “semblables” musulmans au Pakistan en novembre dernier et dont j’ai volontairement choisi d’ignorer les visages haineux, dont vous pouvez voir quelques échantillons ici.

Mais des dizaines de milliers de femmes ont tenu à témoigner de leur soutien à  cette décision, leur opposition à la discrimination, leur désir d’égalité ou leur volonté de reconnaissance. Et même si seules deux d’entre elles ont, le 2 janvier, bravé l’interdiction et affronté l’ambiance ultra religieuse, en pénétrant dans le temple de Sabarimala, sous escorte policière, toutes ces femmes ont gagné, en plus de mon estime et des félicitions du Parti communiste du Kerala, un beau combat, et marqué une nouvelle étape dans le long chemin pour le féminisme dans ce pays qui ne l’est guère.

Étrangement, peu de mes confrères français (à part Le Monde qui m’a informé de l’événement) ont relayé cette manifestation, malgré son ampleur.

Peut être parce que vu de Paris, 620 kilomètres c’est minuscule. Ou bien parce qu’il est plus politiquement correct et facile de s’en prendre aux extrémistes islamistes (dont on commémorait aujourd’hui certains attentats) plutôt qu’à leurs semblables (bis et j’insiste) hindouistes ?

(Photos : Shubha Shamim, Allison Joyce, Anushree Fadnavis, Sudeep Sudhakaran, Vanitha Mathil, Josekutty Panackal, Prakash Elamakkara, DR)

Il y aussi en Inde des personnes plus ouvertes.

Le guitariste de slide indien, Debashish Bhattacharya, est allé retrouver deux compères musiciens polonais, le batteur Hubert Zemler et le contrebassiste Wojtek Traczyk, pour une nuit complète de totale improvisation dans les studios Abbey Road de Varsovie. Le résultat donne un disque, JOY!Guru, dont je vous propose d’écouter un extrait. Le reste de l’album étant disponible ici