On (en) est là !

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Slide 1

Un homme est en voiture sur l’autoroute lorsqu’il se trouve coincé dans un bouchon. La circulation est totalement bloquée.
Il coupe son moteur et sort de sa voiture pour se renseigner.
Un homme qui passe de véhicule en véhicule lui dit alors :
– Des terroristes ont pris Sarkozy en otage et ils demandent 1 million d’euros sinon ils l’arrosent d’essence et ils lui mettent le feu… On passe à chaque auto pour ramasser des dons.
– Et les gens donnent combien ?
– 1 litre, 5 litres.. .ça dépend !

*

Je n’ai d’intention criminelle envers personne. Ma colère n’allant pas jusque là. Mais à force d’entendre parler toute la semaine d’incendie et de dons, je n’ai pas pu m’empêcher de faire le rapprochement avec cette histoire déjà ancienne, dont je n’ai pas changé le personnage principal. Mais j’aurais pu.

Difficile de faire la synthèse de tout ce que j’ai entendu de nouvelles en provenance de France lors de la semaine écoulée. Mais l’heure n’est pas à la synthèse, comme l’a exemplarisé notre président qui a repoussé la sienne, à propos d’un grand débat, passé au second plan pour cause de l’événement planétaire de l’incendie de Notre Dame.

Soit dit en passant, les lieux de culte n’ont pas tous la même importance. On a peu collecté pour la reconstruction des Bouddhas de Bâmiyân en Afghanistan ou des mausolées de Tombouctou au Mali. Et, plus près de nous, le prêtre Mariusz Sliwa aimerait bien recueillir 1 % de ce qui est promis à Notre Dame pour rebâtir son église Saint Jacques de Grenoble. Quant aux églises détruites aujourd’hui au Sri Lanka, on en est à compter les morts… étrangers.

Si Dieu n’est finalement pas capable de reconnaître les siens, d’autres s’en occupent..

Jupiter, qui chez nous s’occupe de tout, a promis de reconstruire la cathédrale en 5 ans, comme si c’était lui qui allait mettre la main à la truelle, suivant l’exemple de Louis XIV à Versailles. Mais, compte tenu du temps qu’il faudra déjà pour sécuriser le bâtiment, procéder aux différentes expertises, organiser le grand concours d’architectes, etc. et en se rappelant que le chantier en cours qui a peut être mis le feu aux poudres était prévu pour durer … 20 ans ! il n’est pas évident de tenir ce délai.

Même en y mettant un pognon de dingues.

A propos de dingues du pognon, on a assisté à un concours de promesses de dons de la part de nos milliardaires qui ne nous avaient pas habitué à tant de générosité. Il paraît qu’il ne faut pas dénoncer cette obscénité, au risque de fissurer, plus sûrement qu’une tour de cathédrale, la belle unité nationale du moment. Je reprendrai donc juste les propos de Geneviève de Fontenay qui juge « minable » un don de 200 millions d’euros de la part d’un type qui en possède 37 milliards. 0,26% c’est effectivement peu. A 5 euros de don, aurais-je droit à la même couverture médiatique ?

Tout ce déballage de générosité est d’autant plus plus minable, qu’au moment de ce cathédralothon, on apprenait que les dons aux associations étaient en chute suite à la suppression de l’ISF.

ISF (Impôt sur la fortune) que Macron ne se propose pas de rétablir, imaginant juste  (selon les fuites sur son allocution remplacée par l’incendie en direct) de nous priver de l’ENA (Ecole nationale d’administration) pour la remplacer par… l’ISF (Institut supérieur des fonctionnaires)… Quel facétieux cet Emmanuel !

Dans le même élan plaisantin, notre actuel président envisagerait aussi de nous faire travailler plus, non pas comme Sarkozy pour gagner plus, mais pour sauvegarder notre modèle social menacé par notre espérance de vie. Et sans doute aussi par le fameux « coût du travail ». Nous aurions ainsi le choix entre supprimer (enfin ! doivent se réjouir certains) les 35 heures ou de repousser (encore ! penseront les travailleurs) l’âge de la retraite, comme l’a judicieusement proposé cette semaine le président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux.

GRB (pour faire simple et ne pas m’attarder sur un patronyme qui fleure bon la France d’en bas, qui a eu aussi le temps cette semaine de dénoncer, à propos des dons de ses camarades évoqués plus haut, « une haine de la réussite ».

Sans prendre le temps de nous expliquer que cette réussite du capitalisme repose sur une exploitation judicieuse des travailleurs et de leur productivité, qui n’est pas qu’individuelle, n’en déplaise à Philippe Martin, directeur du conseil national de la productivité cité dans cette excellente chronique que j’ai pu entendre cette semaine entre deux informations hyperduliques (je viens d’apprendre le mot que déjà je décline).

Bref.

Même en travaillant plus pour faire gagner plus à ceux dont on peut toujours attendre qu’ils ruissellent autrement que par leurs propos obscènes et provocateurs, le chantier de reconstruction de la cathédrale de Paris risque de dépasser les 5 années qui nous séparent des Jeux olympiques dans la même capitale.

On pourrait peut être, après quelques travaux de protection de ses ruines, laisser Notre-Dame dans cet état, qui témoignerait du délabrement de notre patrimoine, de l’abandon des politique culturelles comme d’autres au nom de la rentabilité du service public, lequel n’a même pas pris le soin d’assurer ce bâtiment (le plus visité de France ?) au prétexte que cela aurait coûté trop cher. Argument étonnant quand, en même temps (pour être dans l’air du temps…) les compagnies d’assurance se gavent et investissent à tour de bras dans une finance folle ou une spéculation immobilière qui exclut de plus en plus de personnes de villes gentrifiées, repoussant les plus pauvres vers une périphérie où l’on s’étonnera encore de les retrouver en colère sur les ronds-points (dont « beaucoup d’entreprises se sont fait ‘un pognon de dingue’ en les aménageant », écrit fort justement Danèle Sallenave dans son essai Jojo le Gilet jaune qui vient de paraître).

Mais la justice du logement attendra. Comme d’autres chantiers de seconde importance aux yeux des « responsables politiques ».

Quelques jours avant l’incendie parisien d’importance planétaire, d’autres responsables se sont exprimés pour défendre le sacré. Dans une tribune publiée en France par Le Monde (étonnement réservé à ses abonnés mais reprise intégralement dans un blog … du monde.fr), quatorze représentants des peuples indigènes de quatorze continents « appellent l’humanité à prendre des mesures pour protéger le caractère sacré de l’eau, de l’air, de la terre, du feu, du cycle de la vie et de tous les êtres humains, végétaux et animaliers… »

Je n’ai pas encore eu connaissance des milliards promis pour répondre à cet appel.

Pour terminer sur une note optimiste, je voudrais relayer ce message : « Tout est possible quand les gens s’unissent. » Ce n’est pas un slogan politique, mais une déclaration de Mitsuhiro Iwamoto après sa traversée du Pacifique à la voile en compagnie de son compère Doug Smith. 14.000 km en deux mois, c’est sans doute loin du record, mais ce japonais est le premier navigateur non-voyant à accomplir cet exploit.

A tous ceux qu’on tente d’aveugler (prolétaires, navigateurs, indigènes, etc. de tous pays), il reste toujours l’espoir de s’unir

(Photo DR)

Eloigné de France et des outils technologiques habituellement mis au service de ce blougui, je ne suis pas en mesure de vous proposer une mosaïque de reprises musicales, comme c’est souvent ici l’usage le weekend.

Mais j’ai entendu ça (et identifié grâce aux outils modernes dont je dispose quand même) l’autre jour chez mes voisins andalous. Je partage ainsi un peu de mes vacances (au soleil ou sous la pluie, comme le chantait jadis Joe Dassin).

Quant au titre de l’article du jour, j’allais oublier de vous rappeler qu’il est inspiré de cette autre chanson bien de chez nous