Regarder ailleurs

, ,

Slide 1

“On est mieux ici qu’ailleurs, sauf si ailleurs c’est pareil qu’ici.”
Jean-Marie Gourio, Le grand café des brèves de comptoir

*

L’image pourrait raconter l’attitude du tenancier de ce blougui, qui dans une actualité largement masquée cherche à regarder ailleurs.

Mais parlons justement de ce que cette femme semble ne pas regarder à travers ses jumelles.

Parti de Tromsø, en Norvège, le 20 septembre 2019, le Polarstern est rentré hier à son port d’attache de Bremerhaven, en Allemagne, après plus d’une année à explorer le pôle Nord et à y étudier l’atmosphère, l’océan, la banquise et l’écosystème. Le tout devant permettre d’évaluer l’impact du changement climatique là-haut comme sur l’ensemble du globe.

En attention les conclusions définitives de cette vaste étude, prévues dans deux ans, l’équipage rapporte de tristes nouvelles du pôle : les glaces fondent à une vitesse dramatique et la banquise se meurt.

Ceux qui croient encore que ça finira par refroidir en seront pour leurs frais. Si on peut dire. Les autres ne se consoleront pas en se disant que ça pourrait être pire. Ils s’y prépareront.

C’est ce que propose l’ONU à travers la Journée mondiale du jour “pour la réduction des risques de catastrophe”.

Qui tombe le même jour que la Journée internationale du hamburger (d’origine allemande comme le Polarstern) dont l’éradication (nous en consommons en France 1,7 milliard par an !)  permettrait peut-être la réduction de certains risques.

Mais en attendant la disparition du hamburger ?

“Il est temps d’améliorer la situation si nous voulons laisser une planète plus résiliente aux générations futures”, nous alerte l’ONU. Qui compte sur la mise en place par ses états membres, d’ici la fin de cette année, de“stratégies nationales et locales de réduction des risques de catastrophe” afin “d’agir sur la base de preuves scientifiques dans l’intérêt du public”.

Le public peut y croire. Comme au refroidissement qui finira bien par arriver. Ou aux promesses du développement durable, de la croissance verte ou autres oxymores.

Ou bien, il peut regarder du côté de Greenpeace.

Dans un rapport paru hier, l’ONG révèle que non seulement les 1% des terriens les plus riches polluent deux fois plus que 50% des plus pauvres, mais que les pollutions engendrées par leurs investissement accroissent encore cette inégalité.

D’où cette idée d’un impôt sur la fortune… climatique.

Vu l’escamotage du précédent ISF, on peut douter de l’intérêt de nos ministres et députés (qui  regarderont ailleurs ?) pour cette proposition de justice fiscale. Mais on a aussi le droit de croire  (sans illusion mais pour l’honneur…) en des solutions pour éviter la catastrophe. Et sauver notre planète plutôt que le capitalisme…

On a aussi le droit de regarder ailleurs, pour reprendre son souffle et regonfler l’espoir. Comme vers ce ciel, photographié en Allemagne hier aussi, dans lequel passent des grues cendrés pendant leur migration vers le soleil.

En nous rappelant que le ciel n’a pas encore été privatisé et qu’on a le droit de le regarder gratuitement. Et d’attendre que s’y allume l’étoile polaire (polastern). Si la pollution, atmosphérique ou lumineuse, nous permet encore de la voir.

Et de faire un vœu, en nous souvenant qu’il n’y a pas d’ailleurs que cette planète…

(Photos : Mohssen Assanimoghaddam, Bernd Wüstneck)

Tendre l’oreille vers ailleurs, c’est aussi une des raisons d’être de ce blougui.

Un de mes principaux fournisseurs en musiques du monde du jour est allemand lui aussi. Comme Dissidenten, le groupe que je vous propose de découvrir. Un projet vieux de 40 ans déjà, résolument tourné vers les musiques du monde et dont le mot d’ordre est : “The world is a mirror : Show yourself in it, and it will reflect your image.” (Le monde est un miroir : montrez-vous dedans et il reflétera votre image.)

Pour le titre du jour, Dissidenten s’est allié à la superstar égyptienne Mohamed Mounir.