Traitement de substitution

Slide 1

“En amour, rien ne remplace l’insouciance.”
Jean Lemieux

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Les temps sont durs pour l’insouciance.

Même si j’ai fait tout mon possible pour ne pas reparler du virus et pour porter un autre regard sur le monde, plus ou moins optimiste je le reconnais, je n’ai pas pu résister au nouveau tour de vis  et à la nouvelle assignation à résidence.

Et je resterai pudique concernant l’amour.

Mais ce n’est ni pour l’amour ni pour l’insouciance (quoi que) que j’ai retenu la citation du jour.  Mais à cause du remplace.

En trouvant la photo du jour, l’autre matin, je l’ai trouvée rassurante, réconfortante dans le climat anxiogène actuel, presque insouciante, voire un peu traversée d’amour.

Je m’attendris volontiers devant les sourires d’enfants.

Jusqu’à ce que je lise la légende qui m’explique ce que faisait cette image parmi une galerie de photos d’actualité.

Ce n’est pas le fait que la photo nous vienne d’Iran, l’un des pays les plus touchés par le virus qui amorcerait là-bas déjà sa troisième vague, qui est venu perturber mon sourire. Mais de soudain apprendre qu’il n’y a qu’un seul enfant sur cette image  ; Baran, une fillette de 5 ans, qui a tellement insisté auprès de ses parents pour avoir un petit frère, que Mojagn Zabhipour (et son mari dont le nom n’est pas donné, ont décidé … d’acheter une poupée.

Je ne sais pas si vous vous êtes faits piéger comme moi, mais de plus en plus de familles iraniennes achètent ces leurres, capables de remplacer le petit frère ou la petite sœur réclamé(e) par l’aîné(e) qui restera enfant unique. Ou qui peuvent également servir d’enfant de substitution pour les couples en mal d’enfants ou qui, dans la situation économique iranienne catastrophique, n’ont pas les moyens de s’en offrir un vrai. Ou qui n’en ont pas envie, au vu de la situation politique, religieuse, sociale (et autres mentions inutiles) de leur pays.

Selon des statistiques du ministère de la Santé, l’Iran  pourrait devenir, dans les 30 prochaines années, le pays du monde “le plus vieux”. Et, tout récemment, le chef suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, s’est inquiété de voir son pays tomber “derrière les autres” en termes de natalité.

Personnellement, je ne suis pas certain que je pourrais pratiquer l’insouciance tranquille sous un régime théocratique. Déjà que j’ai un peu de mal en ce moment avec l’état d’urgence de notre démocratie.

Mais je ne donne pas cher de la peau d’un monde sans bébé.

Ou sans amour.

Ou alors, ce sera juste un leurre ?

(Photo : Majid Asgaripour)

Sans vraiment de rapport : le Mali est confronté à d’autres problèmes que celui de la natalité.

Une découverte du même jour que les faux bébés, mais c’est une vraie belle musique.