Abracadabrantesque

Slide 1

“Faut dire
Qu’on ne nous apprend pas
Mais parlons d’autre chose”
Jacques Brel, La Fanette

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Ça faisait longtemps que je ne vous avais pas proposé quelques paroles de Brel en exergue.

Faut dire que je me retiens, que je ne voudrais pas passer pour un inculte obsessionnel, qu’il y a un temps pour tout et que ça y est, c’est vraiment l’automne. Et s’il est vrai qu’on ne nous apprend pas (et que je ne suis pas doué pour apprendre), il devient vitalement urgent de parler d’autre chose.

Oui, mais de quoi ?

(Ne vous inquiétez pas : je sais de quoi je vais vous parler et l’image ci-dessus vous en donne un indice. Mais c’est pour faire style…)

Parler, encore, de l’essentiel, de la première nécessité et de toutes les nécessités suivantes en essayant de les dénombrer, de l’indispensable, de tout ce superflu qui subsiste quand le futile nous est interdit.

Parler de notre propre obsolescence. Et de nos survivances. Et de nos espérances.

Parler des mesures en vigueur et de la rigueur de cette vigueur. Des hivers moins rigoureux et des matins moins vigoureux. Ou l’inverse. À la rigueur.

Parler des élections démocratiques, en Amérique pour la rime même si ce n’est qu’aux États-Unis. Et qu’il ne faudrait pas oublier la Côte d’Ivoire, la Géorgie ou la Tanzanie. et je suis sûr que j’en oublie.

Et voterons-nous encore l’an prochain ou le virus aura-t-il raison de tout ?

Parler du nouvel attentat terroriste à Vienne malgré les 50 islamistes tués par la France au Mali.

Parler des 22 étudiants morts à Kaboul ou du massacre de 54 civils en Éthiopie.

Parler de l’horreur toujours provisoire.

Parler de la haine. Et ne pas parler d’Halloween. Pas seulement parce que la rime est pauvre, mais parce que je n’aime pas.

Parler de la pleine lune que j’ai manquée. Mais qui reviendra le mois prochain.

Parler des dizaines de photos qui attendent que j’en parle et dont l’actualité s’est parfois fanée.

Parler de tous ces morts d’autre chose. Parle d’autre chose que de la mort.

Parler de la vie. Qui résiste…

65 heures après le séisme qui a frappé vendredi dernier la région d’Izmir et causé la mort d’au moins 100 personnes, une enfant de trois ans, Elif Perincek, a pu être dégagée et sauvée, alors que dans un premier temps les sauveteurs pensaient n’avoir découvert que son corps sans vie sous les décombres.

Sur les premières photos de son évacuation (ci-dessus), on voit Elif serrer le doigt du pompier qui l’a trouvée. Quelques heures plus tard, sur l’image là haut, elle serre une baguette magique.

Symbolique ? Et alors ?

Il fait bon parfois de croire en la magie. Et, même si je ne suis guère magicien (ni chiraquien ni rimbaldien ni proth…éiforme), je garde en réserve quelques formules magiques. On ne sait jamais !

(Photos : Ministère turc de la Santé et İstanbul İtfaiyesi)

PS : Au moment de publier ce billet, j’apprends qu’une autre fillette, Ayda Gezgin (4 ans), a elle aussi été secourue, 91 heures après le séisme !

Le dernier album du oudiste Mehmet Polat s’appelle The Promise. C’est déjà tout un programme.

Mais lorsque l’artiste Martin Boverhof ajoute une touche ensoleillée au morceau Nothing is yours, c’est lumineux.

Cette lumière dont nous avons tellement besoin.