Agir maintenant

Slide 1

“Carpe diem quam minimum credula postero.”
Horace, Ode I, 11 : À Leuconoé

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J’étais – et suis encore tellement – rétif et réfractaire à l’idéologie épicurienne de cette époque que je ne reconnais pas toujours comme la mienne. Et l’injonction du carpe diem s’est longtemps heurtée à ce que je reconnais aujourd’hui comme mon intranquillité. Et je ne vous parle même pas du YOLO que j’ai découvert en écrivant ce long préambule (et qui date pourtant, c’est dire si je suis parfois déconnecté).

C’est la lectrice qui m’a honoré de ce qualificatif d’intranquille qui m’a aussi fait découvrir la suite de cette citation trop souvent tronquée, qui évoque le peu de confiance qu’on peut faire aux lendemains.

Et, cherchant un peu plus avant par moi même, j’ai trouvé quelques traductions de ce vers :

  1. Cueille le jour présent tout en tâchant d’être la moins crédule quant au jour suivant.
  2. Profite du jour présent, sans croire au lendemain.
  3. Cueille le jour, sans croire au lendemain.
  4. C’est aujourd’hui qu’il faut vivre,
    car demain reste pour toi
    ce qu’il y a de moins sûr

Et de quoi réfléchir aux plaisirs, au bonheur face à la douleur.

Bref.

Cet article était initialement titré S’en souvenir pour demain, en écho au billet du 11 novembre, S’en souvenir comme si c’était… Mais comme la ligne éditoriale de ce blougui, aussi sinueuse que parfois mes pensées je vous l’accorde, interdit de parler du même pays deux jours de suite, ça ne s’enchaînait plus vraiment.

Toujours est-il que la photographie “du jour” a été prise il y a deux jours à Londres, en marge des commémorations officielles de l’armistice du 11 novembre 1918.

Deux membres d’Extinction rébellion, le vétéran de l’armée britannique Donald Bell accompagnée d’une infirmière, Anne White, ont déposé une gerbe appelant à la lutte contre le changement climatique et exhortant à “Agir maintenant” pour  éviter une nouvelle guerre. Avant d’observer les deux minutes de silence traditionnelles.

De nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer ce que beaucoup ont considéré comme un sacrilège. Le porte parole du Premier ministre s’indignant pour sa part d’une manifestation “profondément irrespectueuse”, arguant que les commémorations ne doivent pas être politiques. Comme le sont les guerres, bien sûr.

De son côté et fort calmement, Donald Bell a pris le temps d’expliquer son geste et la décision “difficile” qu’il avait prise en l’accomplissant. Et a appelé son gouvernement à avoir assez de “cojones” pour arrêter la guerre qui se profile et dont les générations futures payeront le prix fort.

Aussitôt après son accrochage, la gerbe a été enlevée par la police. Et tout est rentré dans l’ordre.

Nous ne vivons qu’une fois, c’est indéniable. Mais il est sans doute urgent d’apprendre à “bien” vivre, pour profiter de cette vie sans en priver ceux qui nous suivent.

Puissions-nous construire des lendemains moins incertains.

Je sais, c’est un vœu qu’il me reste à accomplir…

(Photos : Extinction Rebellion, Guy Bell)

Bien vivre, Vivir bien ou même Sumak Kawsay en quechua (sans aucun rapport avec une marque de matériel sportif…). Je sais, ça ressemble à un énième mantra du développement personnel. Et comme je suis personnellement sous-développé (voir plus haut ou ailleurs sur ce blougui), ça vient heurter ma sensibilité.

Cependant, en cherchant (encore plus longtemps que les traductions d’Horace) une chanson pour accompagner cet article, j’ai déniché cette vidéo, visionnée … 12 fois depuis sa mise en ligne en 2104 par le ministère du Buen Vivir équatorien. Et comme j’aime bien explorer des chemins peu fréquentés. Voilà…

Et je vais essayer de joindre quelques gestes à ces belles paroles…