Grandir… ou pas !

Slide 1

« À la question : “qu’est-ce que tu veux faire quand tu seras grand ?”, je réponds : “non !” »
Claudine Demarteau, dictionnaire Le Petit Rebelle

*

Il ya quelques années déjà (une dizaine, une quinzaine ?), mes enfants m’ont offert le livre dont est tirée la citation du jour. Ils trouvaient que le titre m’allait bien. Je ne sais pas si j’ai bien fait bon usage de ma rébellion, mais je continue de bien aimer cette phrase. Et de parfois me demander, quand même, ce que je ferai quand je serai grand. Ou si je le serais…

Il y a encore plus longtemps (plus de 55 ans, mazette !), ma mère (et peut-être bien mon père quand même) m’a offert pour Noël une poupée. Noire. Dans la France de la fin des années 60, c’était aussi un signe de rébellion.

Bref.

J’ai déjà parlé de la poupée noire. Et de ma mère. Il y a longtemps (plus de 7ans) déjà.

Depuis, ma mère a fini de partir et s’en est allée voir de l’autre côté, ailleurs, dans cet autre part indéfinissable et qui restera toujours mystérieux, je l’espère, pour les humains à venir, afin qu’ils puissent garder l’espoir qu’ils se construisent eux même de moments de retrouvailles dans le paradis qu’ils imaginent à leur convenance.

Ma mère est morte? Le souvenir demeure. Dans quelques jours, je fêterai de nouveau, discrètement l’anniversaire de la poupée noire à la robe orange tricotée par ma grand-mère que, peut être, sa fille (ma mère) a retrouvé dans leur au-delà commun.

C’est en trouvant la photo de la petite Kimberly, toute noire avec sa poupée blanche, que sont remontés ces souvenirs de douceur. Et puis est venu le rappel de la violence, qu’évoquait déjà le sang sur la poupée.

La photo a été prise lundi, lors d’une manifestation de colère de quelques habitants de la communauté de Santo Antônio, à Duque de Caxias au Brésil, en marge des funérailles de deux cousines de Kimberly : Emily Victoria Silva dos Santos, (quatre ans), et Rebeca Beatriz Rodrigues dos Santos, (7 ans), assassinées vendredi dernier, pendant qu’elles jouaient devant la prote de leurs maisons, par des balles “perdues”.

Par la police ou par ceux que les policiers prétendent être venus interpeller ?

Quoi que conclue l’enquête, cela ne rendra pas la vie aux deux fillettes, comme aux autres enfants tués par balle au Brésil cette année : selon l’ONG Fogo Cruzado (Tirs croisés) vingt-deux enfants de moins de 12 ans ont été touchés par des balles “perdues”. Huit en sont morts…

Comme souvent, les mots me manquent pour terminer ce billet.

Que ma mère accueillent Emily et Rebeca avec toute la tendresse dont elle a fini par apprendre (il n’est jamais trop tard) l’infinie valeur et douceur.

(Photo : Bruna Prado)

Ma poupée s’appelait Awa.

Comme Awa Ly, la chanteuse d’origine sénégalaise, que certain(e)s connaisse(nt) peut être déjà et que je suis heureux de faire découvrir aux autres.

Avec cette chanson bien apaisante, extraite de son nouvel album, sorti en début d’année pendant le confinement #1 : le bien nommé Safe and Sound (Sain et Sauf).