Pas les oiseaux !

Slide 1

« Au-dessus de son bureau, il punaisa une phrase de Rumi, le poète persan, dont il se souvenait : “Hier j’étais intelligent, et je voulais changer le monde. Aujourd’hui je suis sage, et j’ai commencé à me changer moi-même”. »
Colum McCann, Apeirogon 

*

Au-dessus de mon bureau, il n’y a pas de phrase de poète, mais quelques cartes postales, dont je remercie au passage les expéditeurs (et trices) dont certain(e)s sont aussi lecteurs (ou trices) de ce bougui (ou triste). Blougui où, chaque jour depuis je ne sais plus combien (de jours), j’accroche une citation en exergue, plus ou moins en rapport avec l’actualité vers laquelle se tourne le billet du jour.

Si la citation d’aujourd’hui peut paraître a priori n’avoir que peu de rapport avec la photo des oiseaux de ce jour, elle m’a rappelé que l’intelligence peut être un double mal (comme le disait Martin Page que j’ai déjà cité ailleurs…), que je n’ai plus d’ambition de changer le monde que dans un rayon d’action comparable à celui de l’oncle de Boris Vian (évoqué ici il y a quelques jours par une commentatrice également expéditrice de cartes postales), que je ne suis pas bien certain d’être sage (même si je commence à en avoir l’âge) et que je suis souvent découragé devant les changements de moi même qu’il me faudrait accomplir, sans vraiment savoir par où commencer…

Ce qui fait beaucoup, je l’avoue. Mais revenons à nos oiseaux. Et à Colum McCann qui en parle tellement de belle manière (entre 1000 autres choses) dans son roman Apeirogon, dont j’ai déjà parlé je sais.

Alors ?

Bref, dirais-je.

J’ai offert le roman de Colum McCann à une lectrice qui m’est chère, dont j’ai déjà parlée également plusieurs fois (je me répète souvent et volontiers) à l’occasion de passages d’oiseaux dans le ciel, pour lui redire chaque fois que je n’ai pas tué l’oiseau. Une lectrice jadis indianisée, à laquelle je pense également chaque fois que je propose des images en provenance de ce pays, dont les nouuvelles ne sont pas toujours bonnes, entre les violences faites aux femmes, la ségrégation envers les musulmans de la part d’un gouvernement d’inspiration extrémiste, les manifestations récentes d’agriculteurs inquiets et en danger de mort, et la militarisation du Cachemire, toujours sous couvre-feu, d’une manière tellement pire que celle déjà insupportable que nous subissons.

Et c’est dans le ciel de ce même Cachemire, paradis sur terre devenu un enfer (si j’en crois mes souvenirs de lecture de Salman Rushdie), que s’envolent les oiseaux du jour. Qui ne font que migrer, vers je ne sais où…

En leur souhaitant bon voyage, je les envie un peu de cette liberté. Dont j’espère que nous retrouverons la vraie saveur et qu’elle reviendra un jour au Cachemire. Et dans ce monde que je regarde, quand même, en lui souhaitant (même si ma capacité de le changer est infime) de s’adoucir, pour mieux accueillir la prochaine voyageuse qui arrive bientôt chez la lectrice jadis indianisée qui me fera grand-père.

Future maman, à laquelle je rappelle, bien sûr, que l’oiseau a survécu en passant sous la voiture mais pas sous les roues.

(Photo : Dar Yasin)

Pour accompagner les oiseaux, j’ai pensé au duo Birds on Wire et j’ai trouvé une reprise de Wish you were here par Rosemary Standley et Dom La Nena, aussi belle que l’incomparable originale.