Persévérance

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“Point n’est besoin d’espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer.”
Guillaume Ier d’Orange-Nassau, dit Le Taciturne (1533 – 1584)

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J’ai déjà eu l’occasion de dire que Je n’ai aucune sympathie (ni compétence) pour le développement personnel, allié objectif du capitalisme, qui a mis la citation du jour en vedette et un peu à toutes les sauces. Mais comme j’ai appris aujourd’hui qu’elle nous venait d’un taciturne, je me la suis réappropriée.

En voyant ces derniers jours l’engouement et la rivalité autour de l’exploration de Mars, je me suis senti vieux (ce qui est un peu vrai quand même…) en ne parvenant pas à partager l’excitation commune. Je n’ai pas suivi en direct les émissions triomphantes étasuniennes. Je n’ai pas levé les yeux au ciel comme lorsque les hommes ont marché pour la première fois sur la lune et que je tentais alors de les apercevoir. Ni les bras en signe de victoire. Quelle victoire ?

J’avais sans doute oublié de débrancher mon esprit critique, comme je l’avais fait quand jadis j’emmenai mes pitchounes visiter Eurodisney (où je retournerai peut être un jour avec mes petits enfants, en prenant les mêmes précautions). Mais je n’ai pas réussi à participer à la liesse humaine.

Peut être parce que je percevais trop, derrière tout ce cirque, le fantasme de pouvoir quitter un jour notre planète actuelle que l’on aurait achevé de massacrer ? J’ai d’ailleurs souri jaune quand j’ai appris que les robots explorateurs allaient peut être peut être trouver des traces d’une vie disparue sur mars, ce qui ne nous ferait  même pas réfléchir plus que ça à la vie qui pourrait disparaître ici bas.

Peut-être parce que me révulsent (encore plus que le développement personnel) les technocentrés qui prennent de plus en plus les commandes, et que je ne fantasme pas plus sur la colonisation de Mars (où on aura pas besoin de Buffalo Bill, dont j’avais assisté au spectacle chez Disney !) que sur l’intelligence artificielle développée en parallèle par les mêmes qui travaillent à l’implant de puces dans nos cerveaux (les essais sur les singes leur permettent de jouer à Space Invaders !)

Peut être parce que je n’ai pas la même définition du progrès que mon président ou la majorité de mes confrères journalistes.

Peut être parce que je me dis que les 2,7 milliards de dollars (2,23 milliards d’euros) dépensés pour chercher des traces de vie dans l’espace seraient tellement utiles pour sauver la vie ici bas.

Je ne parle pas des 5,9 milliards d’euros dépensés par chez nous l’an passé pour acheter 126 702 tonnes de masques à l’utilité souvent douteuse. Mais de la moitié des 3 milliard de dollars qui manquent toujours à l’aide humanitaire promise au Yémen. Un milliard et demi, soit l’équivalent des ventes d’armes de notre pays à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unis !

Je sais, ça n’a aucun rapport. Mais nous sommes mondialisés ou pas ?

2,3 millions d’enfants de moins de cinq ans sont menacés de malnutrition aiguë au Yémen. Dont cette fillette, photographiée samedi à l’hôpital Al-Sabeen de Sanaa.

Samedi, dans un autre hôpital, en France, ma petite-fille a vu le jour. Je lui ai promis de faire tout ce que je pouvais pour rendre ce monde plus doux. J’espère qu’elle n’aura pas à aller chercher cette douceur sur Mars.

Allez, à propos de rapport ténu ou pas, je termine avec une autre citation du même taciturne, tellement d’actualité :

“Il faut retrouver la douceur humaine derrière le masque des oppressions.”

(Photos : Nasa, Mohammed Hamoud)

Bon. Pour déplomber un peu l’ambiance et puisque la musique adoucit les mœurs (et les humeurs), je vous ai déniché une star yéménite. Enfin presque, puisque Balqees Ahmed Fathi semble désormais loin de son pays natal.

Mais c’est coloré.

L’envers de la guerre d’une certaine manière.