Pour éviter le naufrage ?

, ,

Slide 1
Slide 2
Slide 3

“La vieillesse est un naufrage.”
Charles De Gaulle,
Mémoires de guerre, tome I, L’Appel, 1940-1942 (1954)

Quitte à citer une nouvelle fois mongénéral, je vous glisse la suite de la citation : “Pour que rien ne nous fût épargné, la vieillesse du maréchal Pétain allait s’identifier avec le naufrage de la France.”

La vieillesse – contrairement à la valeur – n’attendant finalement pas le nombre des années, notre président a renoncé in extremis, il y a deux ans, à rendre hommage au sinistre Maréchal, en (presque) même temps qu’il n’a pas hésité une seconde à préférer cette année Napoléon à la Commune.

Ce qui permettra aux amnésiques de se souvenir que le “ni de droite ni de gauche” est quelque peu boiteux.

À propos de mémoire, en entendant la semaine dernière l’information de l’échouage d’un porte-conteneurs, je me suis souvenu de ma grand-mère, me racontant son voyage vers l’Indochine (alors colonie française) où elle allait – entre autres – mettre au monde mon oncle Robert (voir l’épisode précédent des réflexions personnelles de ce blougui). Je n’ai par contre pas réussi à retrouver, malgré de longues recherches (ce site recense par exemple 199.930 épaves !), le nom (ni la photo évidemment) du navire alors échoué à je ne sais quelle entrée du canal de Suez.

Je vous propose donc une photo d’époque de Port-Saïd, à l’époque approximative où ma grand-mère naviguait vers les colonies.

Et je vous recommande d’être plus attentif à ce que vous racontent les vieux…

Bref.

Aujourd’hui, grâce à Internet, personne ne peut ignorer que le navire qui emmerde le monde s’appelle le Ever-Given, même si sa coque porte une énorme inscription Evergreen, qui est le nom de son propriétaire, la société taïwanaise Evergreen Marine Corporation, laquelle n’a pas vu sombrer son cours de bourse (comme quoi, pour rappel, les crises n’empêchent pas les profits)…

…malgré la pagaille que son monstre (400 mètres de long, 220.000 tonnes et plus de 20.000 conteneurs !) continue de générer dans le trafic maritime et dans le commerce mondial.

8,1 milliards d’euros de marchandises transitent chaque jour par le Canal de Suez, bientôt bouché depuis une semaine. À comparer au passage (si j’ose ce jeu de mots) avec les 4,74 milliards d’euros qu’il a rapporté à l’Egypte l’an passé. Et l’on nous annonce déjà de possibles pénuries, comme sur le café (mince) et le papier toilette (mais là, mes concitoyens ont fait des stocks l’an passé) ou des augmentations de certains produits en cas de déviation par le Cap de Bonne espérance.

Sans parler des 130.000 moutons vivants qui ne le resteront pas forcément longtemps. Mais on se demande bien ce qu’ils foutent sur des cargos !

Cet échouage, comme le sort des ovins et du papier toilette, devrait nous alerter sur le naufrage en cours de notre mondialisation effrénée et de plus en plus folle. Mais le changement de paradigme (pour parler moderne), de logiciel (déjà un peu ringardisé) ou de modèle de société (concept réactionnaire ?) n’est pas au programme.

En témoigne d’ailleurs, le piteux projet de loi Climat (et Résilience, pour parler moderne, officiellement projet de loi portant lutte (sic) contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets) qui arrive aujourd’hui devant notre parlement pour un examen en procédure accélérée. Non pas à cause de l’urgence climatique, mais parce que nos braves parlementaires (dont quelques moutons LREM malheureusement restés à terre) sont priés de ne pas emmerder le monde macroniste plus qu’un porte-conteneurs et surtout pas plus que les gentils citoyens de la convention éponyme, qui devaient finalement juste nous faire oublier la colère des gilets jaunes avant de s’incliner devant le bon vouloir royal présidentiel.

Il y avait hier, dans les rues de France, bien plus que 150 participants aux 187 marches organisées par plusieurs associations et ONG (Alternatiba, Greenpeace , Oxfam, Extinction Rébellion, France Nature Environnement, Attac, Résistance à l’Agression Publicitaire et … les Gilets Jaunes !) pour réclamer une “vraie loi climat” et pas simplement un petit coup de pelleteuse ou de bulldozer, selon une métaphore qui m’est venue en trouvant les images du jour des “efforts” déployés pur désensabler l’Ever Given, décidemment loin d’être green.

Mais comment reconnaître le vrai du faux ?

C’est aussi simple que le piou piou zioup, évoqué dans ces pages naguère. Même si c’est plus une question de conscience que de blabla.

Ce manifestant en gilet jaune, que j’ai photographié hier dans les rues de Lyon, nous donne un bon résumé.

Mais si vous voulez aller plus loin, vous pouvez retrouver André Gorz qui, dès les années 70 du siècle passé, nous expliquait qu’il n’y a pas d’écologie “sérieuse” sans remise en cause du capitalisme et de la société industrielle.

Je vous remets le lien vers un de ses textes qui, selon moi, explique le mieux l’impasse dans laquelle nous nous trouvons avec le développement des “transports doux” et autres fadaises cyclistes, dans lequel il pointe notamment (déjà) l’éloignement croissant entre les lieux de vie et les espaces de travail, qui génère une augmentation constante de nos consommations énergétiques (et de nos fatigues).

À l’heure où le recours du télétravail (principalement pour les cadres) risque de nous faire oublier, une fois encore, que des millions de travailleurs subissent des heures de transport, et la lutte indispensable contre la spéculation immobilière (ah ! ce fameux marché) qui éloigne les plus pauvres des villes, je vais chercher le mail du maire “écologiste” de la grande ville à côté de chez moi, qui vient fièrement de déclarer “l’état d’urgence climatique” pour lui rappeler cette “évidence”

Parce que “90 millions pour la création de nouveaux espaces végétalisés”, ça rappelle un peu trop … le jardinage.

(Photos : DR)

Puisque j’en étais aux souvenirs familiaux du côté de l’Egypte, j’en suis presque venu naturellement à me souvenir de la plus grande chanteuse égyptienne. Du moins aux yeux de mon père, qui nous faisait autoritairement taire lorsqu’elle passait à la télévision, mais qui n’a jamais osé assumer son attirance jusqu’au bout.

Bref, comme dirais-je, je vous propose aujourd’hui par moins de trois duos de reprises.

À ma manière, par Dalida puis Rokia Traore accompagnée par Ibrahim Maalouf.
Parce que j’espère continuer longtemps d’écrire ici (et de vivre ailleurs) à ma manière…

Mourir sur scène, par Dalida puis par Camélia Jordana.
Parce que je me souviens toujours qu’il faudra mourir un jour, même si je j’aimerais savourer encore la vie quelques années avant de m’éteindre, je ne sais où…

Avec le temps, par Léo Ferré puis Dalida (à qui il l’avait offerte de bon cœur).
Parce qu’avec le temps, nous avons une chance d’aimer de nouveau.