En attendant le printemps

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“Combattre pour la paix, il paraît que c’est de bonne guerre.”
Roland Bacri

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Je n’arrive pas à penser qu’il puiss y avoir de bonne guerre, pas plus que je parviens à imaginer ce que pourrait être un bon militaire. Et je réprouve les vieux cons d’avant que je le devienne à mon tour qui envisageaient la “bonne guerre” comme un booster de notre virilité.

Il m’arrivait pourtant, naguère, lors de discussions de café du commerce, de machines à café, de files ou salles d’attente, bref de toutes ces occasions de rencontre à plus de 6 personnes et moins d’un mètre dont nous sommes cruellement privés aujourd’hui, il m’arrivait donc de m’amuser à lancer, en réponse à la désolation d’une époque qui fout le camp, qu’il nous faudrait une bonne guerre. Rappelant à mes interlocuteurs le programme du Conseil National de la Résistance qui permit de construire l’état social dont nous bénéficions encore aujourd’hui.

Un programme, magnifiquement baptisé Les Jours heureux, que notre président osa évoquer il y a tout juste un an (le 13 avril 2020), sans vraiment l’invoquer dans ses idées, son programme (?) ou son comportement (voir ici la réaction estomaquée outrée de Gilles Perret, réalisateur du beau documentaire… Les Jours heureux)

Mais il est bien connu que les cons ça ose tout… Y compris nous prendre nous-mêmes pour des cons !

Bref.

Si nous ne sommes pas vraiment en guerre, malgré les affirmations répétées du même con président, nous en connaissons quelques dommages collatéraux, pour rester dans le vocabulaire guerrier, ou effets secondaires, pour coller à la novlangue de l’époque : privations, rationnements, ausweis rebaptisés attestations de déplacement dérogatoires, queues devant les magasins essentiels”, couvre-feu, état d’urgence, délations, propagande, suspicion généralisée… J’en passe ?

Ah oui : les morts ! Dont nous allons célébrer tout bientôt le 100.000 dont je me demande s’il aura droit à des obsèques nationales en rejoignant le soldat inconnu sous la flamme de l’arc de triomphe. Des morts dont il est de bon ton de se désoler chaque fois que l’on parle de la “pandémie”, avec une larme à l’œil en guise d’hommage, à laquelle n’ont pas droit les non-covid. Des morts dont une large majorité n’avaient pas une espérance de vie supérieure à l’année et dont 100% étaient mortels. Comme vous et moi. Mais permettez moi de fermer la parenthèse et d’esquiver la polémique.

En rêvant d’une fin de guerre où nous pourrions de nouveau vivre, simplement vivre.

Et retourner à nos moutons, au cinéma ou au théâtre.

Comme à Mossoul, en Irak.

Où, après des années d’une vraie guerre, d’occupation par l’état islamique puis de “reconquête”, qui ont sérieusement endommagé la ville, le théâtre Al-Rabea a accueilli jeudi 8 avril dernier ses premiers spectateurs depuis longtemps, pour un concert de l’orchestre de jeunes Watar de Ninive.

Chez nous, malgré un mouvement de résistance et d’occupations, nos théâtres n’accueillent que des représentations (clandestines ?) entre professionnels bien élevés, dans un entre-soi qui rappelle que nos fractures sociales ont bien résisté aux gilets jaunes.

Bref (bis). Le théâtre Al-Rabea de Mossoul a rouvert. Al-Rabea signifie printemps. Ici, le printemps est suspendu jusqu’à nouvel ordre…

(Photos : Abdullah Rashid, Ismael Adnan, Zaid al-Obeidi, DR)

Je n’ai pas réussi à retrouver un enregistrement du concert de jeudi dernier. Mais mes sources m’ont appris que figurait au programme Lux Aeterna de Clint Mansell, thème principal du film Requiem for a dream (que je n’ai pas vu, mais j’en ai entendu causer comme disait l’autre…)

Mais j’ai trouvé une version interprétée par Roman Birnbaum et Evelyn Schwarz dans d’autres paysages en ruines…

Et en parlant de ruine et puisque nous sommes le 14 avril (officieuse Saint Gérard Lambert), je vous propose une autre reprise (même si nous ne sommes aussi que mercredi…)