Pour éviter le pire

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“Cayenne c’est fini
Pas d’veine plus de soucis
Cayenne c’est fini”
Jacques Higelin, Cayenne c’est fini (1979)

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Ma grand-mère, celle que j’appelais Mamie et qui avait traversé le Canal de Suez (voir ici l’article du 29 mars dernier) me racontait aussi parfois l’histoire de son grand-père ou arrière grand-père (encore une fois j’ai mal écouté) qui lorsqu’il pétait à Ratières se faisait entendre jusqu’à Saint-Avit (à 1,67 km à vol d’oiseau me précise ce site spécial 10 km maxi en temps de confinement). Le même (dont j’ai aussi oublié le prénom) faisait le tour de la place du village (Ratières ou Saint-Avit ?) je jour de la fête des moissons, portant à chacun de ses petits doigts un sac de blé. Enfin, cet ancêtre, lors de la conscription, tira un bon numéro qui lui aurait permis d’effectuer un service militaire d’un an seulement et en métropole, mais il revendit ce bon tirage à plus riche que lui et partit effectuer son service à Cayenne. L’histoire racontait enfin qu’il était allé embarquer (à La Rochelle ?) à pied depuis la Drôme. Et c’est la légende qui prétend qu’il portait le boulet des bagnards lorsque ceux-ci étaient épuisés de leur journée de cassage de pierres.

Oui, j’ai pensé à cet ancêtre lointain et un peu trop effacé en trouvant ce matin les photos d’Idjélé, d’Houa, de Mariam ou d’Habiba qui passent de longues journées sur les trottoirs de N’Djamena à concasser des gravats pour en faire de nouveaux matériaux de construction pour d’aussi pauvres qu’elle qui n’ont pas les moyens de se payer du ciment pur.

Et je n’arrive pas à définir les sentiment que j’ai lu en lisant que, grâce à ce “travail”, ces femmes revendiquaient fièrement leur liberté. Comme Habiba, que l’on voit sur les trois dernières images de la série du jour et qui se souvient d’avoir “entre 50 et 60 ans” (comme moi…) et qui a déclaré au journaliste venue l’interroger : “Aujourd’hui, je travaille 12 heures par jour mais pour moi, plus personne ne me dispute et je peux nourrir et envoyer mes enfants à l’école publique. Je suis libre.”

Alors bien sûr, ma “souffrance” au travail n’est rien à côté de celle d’Idjélé, Houa, Mariam et Habiba. Bien sûr nos privations actuelles de liberté sont dérisoires face à la “liberté” de ces femmes. Mais, je me répète peut-être, je ne supporte pas ceux qui vont disant que “ça pourrait être pire”. Car, si nous acceptons le pire jugé supportable au nom d’un pire encore pire, personne sur terre ne se révoltera jamais et nous serons tous soumis au nom du pire.

Dans le Rapport 2020 du Programme des Nations Unies pour le développement, le Tchad est classé à la 187e place sur 189 pays. Ce qui n’empêche pas le président Idriss Deby, au pouvoir depuis 1990, de briguer fièrement un sixième mandat lors des présidentielles qui se sont déroulées le 11 avril dernier et dont les résultats sont attendus vers le 25 avril.

Pour sa propre prospérité ?

NB : Dans le même Rapport, la France se classe à la 26e place. Ce qui n’est pas si honorable pour un pays qui s’enorgueillit d’être la 6e puissance du monde. Et ce n’est pas parce que “ça pourrait être pire” que nous devons oublier que les ultra-riches de notre planète ont vu leur richesse s’accroitre durant la “pandémie” qui a jeté dans la pauvreté des millions de personnes. Avec l’aide de politiques économiques mises en place (ou non) par nos “responsables”. Souvenez-vous en lors de prochaines élections. Et même avant. Pour éviter le pire…

(Photos : Marco Longari, DR)

Prix découverte RFI en 2007, la “Panthère douce” Mounira Mitchala continue de feuler et de rugir, en espérant toujours pour son pays la paix et la prospérité…