Le variant israélien

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Slide 1

“On me dit que des juifs se sont glissés…”
Pierre Desproges (1986)

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Je vous avais préparé un billet tout doux, tout rose, tout lumineux. Pour mettre un peu de douceur, de couleurs et de lumière dans une époque plus qu’épique, un monde parfois immonde, des jours rognés par le couvre feu, des vies sous surveillance. J’en passe.

Et je vous passerai les belles images un autre jour, promis. Elles resteront d’actualité.

Mais j’ai reçu cet après-midi, d’une lectrice et commentatrice fidèle, un lien vers un article que je ne peux que vous relayer.

Un billet de blog que Dominique Vidal, historien et journaliste, notamment au Monde diplomatique, adresse à ses Amis journalistes, en leur reprochant leur silence ou leur tiédeur face aux ratonnades qui se déroulent en ce moment à Jérusalem.

Je suis allé jeter un œil à quelques titres de mes confrères “sérieux” :

  • Israël: tirs de roquettes depuis Gaza, nouveaux accrochages à Jérusalem, pour RFI qui se veut sans doute neutre et objectif.
  • Israël : la police rouvre l’accès aux abords de Jérusalem-Est après plusieurs jours de violence, pour France Info qui laisse planer un doute sur les responsables des violences.
  • Nouveaux accrochages à Jérusalem, après un appel au calme de Netanyahou, pour Le Figaro qui ose laisser croire que le Premier ministre israélien n’est pas l’un des responsables de la montée de la violence dans son pays.
  • L’étincelle du ramadan enflamme Jérusalem, pour Libération qui a le cynisme de laisser ainsi croire que els Palestiniens sont responsables.
  • Israël : affrontements à Jérusalem lors d’une manifestation du mouvement d’extrême droite Lahava, pour Le Monde qui ose quand même désigner les incendiaires, à savoir les extrémistes juifs, qu’on n’ose qualifier de néo-nazis par respect de l’histoire…

 Alors voilà.

Même si je ne suis pas journaliste, je me suis senti interpellé. J’ai donc repris en tête de cet article la photo qui illustre le billet de Dominique Vidal, accompagnée la légende “Pogrom nocturne à Jérusalem, avril 2021”. Et je vous recopie ici son texte qui nous rappelle que des juifs se sont glissés… dans des oripeaux nazis :

A mes amis journalistes
Depuis une semaine, des centaines de jeunes fascistes du mouvement Lehava accompagnés par des policiers « ratonnent » à Jérusalem-Est au cri de « Mort aux Arabes ! ». Dans la plus totale impunité sur place. Et dans le quasi silence des grands médias internationaux, y compris chez nous. J’ai honte. Comme Français. Comme journaliste. Et comme juif.
Je travaille comme journaliste et comme historien sur le conflit israélo-palestinien depuis plus d’un demi-siècle.

J’ai assisté, comme vous, à bien des événements horribles.

Mais je n’avais jamais vécu un pogrom à Jérusalem.

Et vous ? Aviez-vous déjà vu des centaines de judéo-nazis tolérés voire aidés par des centaines de policiers « ratonner » dans Jerusalem-Est au cri de « Mort aux Arabes » ? L’accord entre le Premier ministre et les kahanistes a ouvert les vannes…

Le regretté Zeev Sternhell avait donc – hélas – raison d’écrire, il y a trois ans, dans Le Monde : « Il pousse en Israël un racisme proche du nazisme à ses débuts. »

On savait Netanyahou prêt à déclencher une guerre avec l’Iran pour sauver son « trône » et empêcher un accord Washington-Téhéran. Visiblement, il rêve aussi d’une Troisième Intifada pour imposer le gouvernement d’urgence nationale qu’il n’arrive pas à mettre en place.

Et voici ma question : pourquoi les grands médias pour lesquels vous travaillez ne traitent-ils pas – ou si peu – ces événements gravissimes en termes de droits humains comme en raison des dangers qu’ils recèlent pour tout le Proche-Orient ?

Pourquoi tout se passe comme si le fait d’être israélien autorisait à perpétrer des crimes impunis et « oubliés » par les grands moyens d’information.

Moi, j’ai honte. Comme Français. Comme journaliste. Et comme juif.

Confraternellement,

Dominique Vidal.

PS: Faut-il le préciser ? Ce silence médiatique alimente l’antisémitisme. Le « lobby » serait assez puissant pour faire taire les rédactions. Et s’il s’agissait avant tout d’auto-censure ? Inacceptable : que pèse le « confort » des professionnels face au pogrom de Jérusalem ?

Ce n’est pas en fermant les yeux sur le laid qu’on peut réellement apprécier la beauté.

(Photo : DR)

La musique du jour était destinée à accompagner les photos douces, roses et lumineuses, tout en faisant un clin d’œil à une autre lectrice-commentatrice fidèle aussi (je n’en ai pas tant, je peux satisfaire tout le monde…)

Bref.

Il reste quand même un rapport (très) ténu avec le billet du jour.

Et en souvenir d’une époque révolue, alors qu’on nous annonce, pour fin mai et en “priorité nationale” un concert “test” avec 5000 spectateurs et … Indochine ! j’avais aussi prévu de passer la version live du même titre.