La belle affaire…

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“Mourir, cela n’est rien
Mourir, la belle affaire!
Mais vieillir, oh, oh vieillir… ”
Jacques Brel, Vieillir (1977)

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Il  y a belle lurette que je me suis habitué à l’idée de mourir. Et les transhumanistes et autres fantasmeurs de la vie éternelle ne me feront pas changer d’idée. Même si je n’ai aucun projet immédiat, j’accueillerai la mort dignement, comme une invitée de marque de dernière minute.

En attendant, je vieillis. Comme Zazie et comme vous. Dans un monde qui refuse presque autant l’idée de vieillir que celle de mourir, et qui cache le mot vieillesse derrière des néologismes (personnes âgées puis seniors, puis quoi d’autre ?) d’une novlangue qui participe à une transformation malsaine de notre pensée et à un sinistre “effacement du réel”, je suis entré depuis quelques mois déjà dans ma soixantième année.

Merci au passage aux personnes qui me donnent mon âge plutôt que de m’en priver.

Lorsque j’ai commencé à travailler, au siècle passé, 60 ans était l’âge de la retraite. Mais la modernité néolibérale a fait reculer cet âge tout en nous disant que nous y sommes “encore jeune”. Bien joué ! Mais j’ai joué aussi à mon tour, et me voilà en passe d’accéder à une certaine “pré-retraite” grâce à une loi discrète pour supprimer quelques fonctionnaires. et m’a permis une “belle affaire”

J’ai quelques mois pour penser à cette période, cette nouvelle étape de vie, ce nouveau pas. En espérant que je n’ai jamais cessé de marcher. En cherchant le lien vers la chanson de Brel citée en exergue, j’ai d’ailleurs eu l’occasion  de réécouter cette interview, dans laquelle il pronostiquai (vers 2’20) : “Un adulte, c’est un homme qui a marché un certain temps…  et puis un jour, il se pose le cul et il croit qu’il continue à marcher !”

Bref. Devenir vieux sans être adulte, jusqu’ici je crois m’en être plutôt bien sorti.

Ce soliloque de vieux m’a été inspiré par deux photographies que j’ai trouvées dans la même galerie d’un confrère anglais : la première montre des vétérans éthiopiens célébrant le 80e anniversaire de la fin de l’occupation italienne, à Addis Abeba ; la seconde des pom pom girls japonaises et octogénaires qui posent fièrement, à Tokyo.

Je n’ai pas encore établi ma feuille de route des années à venir. Mais je n’ai aucune envie de me lancer dans une carrière de cheerleader ni de prendre les armes pour libérer mon pays. Quoi que les raisons d’entrer en résistance ne manquent pas…

Ce qui est sûr, c’est que je vais poursuivre ma marche.

(Photos : Amanuel Sileshi, Kim Kyung-Hoon)

Marcher ou danser. Encore, oui. Accompagné par le koloko de Stevo Atambire.