Circonvolutions

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“Celui qui se pardonne, finira par donner.”
Partrick Barbenoir

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Ne cherchez pas : la seule occurrence de la citation du jour que connaisse Google vous amènerait directement sur ce blougui !

Mais depuis 5 ans, j’ai fini par retrouver le nom du batteur bisontin qui prononçait la phrase en exergue lors d’un de ses spectacles dont je ne me souviens de plus grand chose d’autre. il ne faut pas trop en demander.

Dans le genre mémoire parcimonieuse, notre président a prononcé hier, au Mémorial du Génocide de Kigali, un discours soit disant historique sur la “responsabilité” de notre pays (et du pouvoir mitterrandien) dans le génocide de 1994.

Responsable mais pas coupable, selon la formule rendue célèbre par Georgina Dufoix. Et donc si “ceux qui ont traversé la nuit peuvent peut-être pardonner, nous faire le don […] de nous pardonner”, selon les circonvoluions présidentielles, il n’a pas été question de demander pardon, ni de présenter des excuses.

Plutôt que de prendre un cours d’histoire accéléré, ainsi qu’une petite leçon de kinyarwanda pour pouvoir répéter deux fois à la fin de son discours* “Ndibuka” (“Je me souviens”, pour les lecteurs français et les amatrices de Georges Perec), il aurait pu s’offrir une petite révision de français auprès de son épouse qui lui en enseigna jadis quelques rudiments. Elle lui aurait peut-être réexpliqué, ainsi qu’elle le fit sans doute comme nombre de ses collègues, qu’on ne s’excuse pas ; on demande des excuses ou à la rigueur on les présente. Quand au pardon, on le demande. Ce qui laisse à “ceux qui ont traversé la nuit” le choix de l’accorder ou pas.

(Cela me fait penser à mon père, dont tant de gens me disent qu’il faudrait que je lui pardonne, mais dont je n’ai aucun souvenir qu’il ne me l’ai demandé.)

Bref. Fi de mes histoires de famille et basta des circonvolutions présidentielles !

Le président rwandais, Paul Kagame, a eu l’air satisfait du discours euphémistique de son homologue, Macron a évité la “contrition” qui aurait nui au flirt qu’il entretient avec les électeurs de Marine Le Pen (laquelle a bien sûr fait savoir son désaccord) et les socialistes sont soulagés des mots “courageux” qui ont épargné leur mythique Mitterrand dont ils viennent de fêter les 20 ans de la “victoire”.

J’ai pris le temps de visiter – virtuellement – le Mémorial du Génocide de Kigali, d’où je vous ai rapporté les quelques images du jour et où j’ai appris que près de 250.000 personnes y sont inhumées. 250.000 victimes d’un génocide qui tua près d’un million de Tutsi, retrouvées dans les rues du pays, dans leurs maisons, dans des fosses communes, dans des rivières… Dans l’horreur.

Une horreur difficile à réaliser. Mais j’ai réalisé qu’inhumer ressemblait tellement à inhumain.

Alors je me fous de savoir que l’ambassadeur de France de l’époque a sauvé sa peau en se foutant de celles de ses employés locaux ou de comprendre que l’armée française a fermé les yeux (et les oreilles ?) Mais, au nom de juste moi, je demande pardon aux descendants, aux amis, à tous ceux qui se souviennent de ces 1.000.000 hommes, femmes et enfants, pour lesquels mon pays n’a pas fait grand chose.

(Photos : Ludovic Marin, Andrew Renneisen, Chip Somodevilla, Thomas Imo, Ahmed Jallanzo, Yasuyoshi Chiba)

* Le discours présidentiel se termine avec un appel à bâtir de nouveaux lendemains qui, dans la version écrite mise en ligne sur le site de l’Elysée est ainsi orthographié : “Baptisons ensemble de nouveaux lendemains.” Un lapsus d’enfant de chœur ?

Notre capacité à pardonner et à demander pardon est une des forces de notre humanité.

J’ai découvert Rag’n’Bone Man et sa chanson Human hier soir…