La tête contre les murs

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“Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle.”
Amadou Hampaté Ba, discours à L’Unesco – 1960

Pour paraphraser le célèbre écrivain et ethnologue malien, qui s’est éteint il y a 20 ans, j’ajouterai qu’un journal qui meurt, c’est un peuple qui a chaud aux fesses.

Comme annoncé depuis plusieurs jours, l’arrestation de plusieurs de ses responsables et la descente de 500 policiers dans ses locaux, le quotidien pro-démocratie Apple Daily a publié aujourd’hui son dernier numéro.

Au nom de la loi sur la sécurité nationale, ce quotidien, qui avait notamment soutenu les manifestations de 2019 en faveur de la démocratie, a été contraint au silence. Et à licencier un millier de collaborateurs, dont 700 journalistes.

Les habitants de Hong-Kong, pour marquer leur soutien au journal en même temps que leur attachement à la démocratie, se sont rués sur la dernière édition de Apple Daily, tirée à 1 million d’exemplaires. Quand même !

Sans faire de savants calculs, ça représente presque autant que les tirages additionnés de nos quotidiens nationaux. Et si l’on rapporte ça à la population du pays (7,5 millions contre 67 millions), c’est encore plus impressionnant.

Il faut dire, pour consoler notre chère presse mainstream, que chez nous la démocratie n’est pas menacée…

Quoi que. La pluralité de l’information laisse quand même à désirer, la censure fait doucement son nid au nom de la lutte contre les infox et le complotisme, notre gouvernement prolonge tranquillement les états d’urgence successifs… et quelques élus de la République (pas ceux qui sont désignés comme ses ennemis) ont même des velléités de surveillance inspirées de … la Chine.

“Si une “dictature” sauve des vies pendant qu’une “démocratie” pleure ses morts, la bonne attitude n’est pas de se réfugier dans des positions de principe, mais de s’interroger sur les moyens concrets, à la fois techniques et juridiques, de concilier efficacité et respect de nos valeurs”, ont ainsi osé écrire Mmes Véronique Guillotin, Christine Lavarde et M. René-Paul Savary, Sénateurs auteurs d’un Rapport sur les crises sanitaires et outils numériques, hypocritement sous-titré : répondre avec efficacité pour retrouver nos libertés.

La liberté de la presse ne risque pas trop de s’user par chez nous, puisque les journaux nationaux ne se sont pas plus fait l’écho de ces impulsions dictatoriales qu’ils ne s’intéressent (par exemple et entre autres) aux traitements contre le Covid qui pourraient rendre la vaccination – en phase d’expérimentation conditionnelle, on le rappelle – illégale.

Je sais bien que nous ne sommes pas en dictature, et que je peux écrire ces lignes sans voir la police venir saisir mon ordinateur (made ici China). Mais il n’est peut être pas la peine d’attendre qu’elle soit de plus en plus menacée, confisquée, conditionnée, pour combattre avec les défenseurs de la liberté chérie de notre devise républicaine et de notre hymne national, qui n’est pas là que pour être massacré par notre équipe de football nationale.

Quant au titre du jour, il m’est venu en pensant (en aiguillage de fil à partir du Apple Daily) à Isaac Newton, sa célèbre pomme et la fameuses citation que je vous ai déjà si souvent ressortie : “Les hommes construisent trop de murs et pas assez de ponts.”

Bon courage aux habitants de Hong-Kong pour … couper les ponts avec la Chine !

(Photos : Dickson Lee, Jérôme Favre, Ivan Abreu, Dominic Chiu, Daniel Suen)

Dans la série liberté d’expression, la police de Hong Kong a arrêté le mois dernier Busker Oliver Ma, pour “trouble à l’ordre public”. À cause de sa chanson Glory to Hong Kong ?

Le chanteur du métro s’en est sorti avec une saisie de son matériel et une amende de 500 Yuan (65€). Et sa chanson n’est pas (encore ?) censurée par YouTube.