Prologue

novembre 15th, 2007 § 0

C’est un temps de brouillon, c’est un temps de brouillard. C’est le mois de novembre. celui que j’ai le plus détesté autrefois et que je ne parviens toujours pas à préférer. Pourquoi devrions-nous changer à ce point, lisser nos préférences et nos déstestations, nous fondre dans le goût commun? Pourquoi nous obliger au calibrage? Pour mieux nous vendre, nous prévoir, nous guider dans les rayons, nous prendre la main et nous donner les crédits nécessaires au bonheur?

Voilà que je m’égare et je n’ai pas commencé. C’est un peu de fébrilité. C’est une habitude. Depuis toujours les idées se bousculent et les mots finissent en désordre, ou par se marcher dessus, se mélanger, se bousculer et s’entrechoquer. Ça gêne et ça perd en efficacité, en clarté du message. J’ai fini par en identifier la raison, même si je ne m’en suis pas faite une, de raison. Ce n’est pas de savoir les causes qui soulage forcément des effets. De plus, à peine avais-je mis le doigt sur cette raison-cause profonde, innée, indéracinable, que j’ai l’impression d’avoir pris le coup de vieux qui ralentit le vocabulaire. Et c’est pire qu’avant : la même bousculade de pensée et une lenteur du mot juste, une torpeur de l’intitulé, qui me laisse suspendu, ballot, pendant que les idées défilent et même semblent s’accélérer pour me narguer. Je reste convaincu que plus de 99% de mes pensées m’ont glissé entre les doigts, entre les neurones, entre le bout de la langue où s’accrochent les mots qui ne sortent pas et les fautes de frappe qui me contraignent à revenir en arrière quand je tape. Comme ici. Je tâtonne encore. Entre le manuscrit et le tapuscrit. Le second n’oblige pas à une fastidieuse retranscription assortie d’une délicate relecture des pattes de mouche que j’ai tracées pour tenter de suivre le fil de la pensée. La reprise a cependant l’avantage de filtrer le manuscrit quand je le reprends. Il n’y a pas de solution idéale. il n’y a pas d’idéal. Il faudrait travailler davantage, plus régulièrement. Travailler! Au lieu de rêvasser, de digresser, de louvoyer, de prendre tellement le temps d’autre chose, de se donner encore une autre excuse pour ne pas faire, de dilettanter, de procrastiner à tout va, de chercher le mot dans le dictionnaire pour en vérifier l’orthographe, trouvant par là même une nouvelle échappatoire… Quelle fatigue!

Aujourd’hui, les pompiers sont passés vendre leur calendrier de l’année prochaine. Quelle époque! Nous ne sommes que le 15 novembre. Temps de brouillon. Il va falloir presser les enfants pour qu’ils fassent leur liste au Père Noël pour pouvoir aller dans les magasins assez tôt pour ne pas rater sur ce qu’il y aura sur la liste. Quelle folie, quelle fébrilité. Si on s’arrête quelques instants, salutaires cette fois ci, pas des instants de glandouille mais des moments de réflexion, on a l’opportunité de comprendre que nous sommes dans une crise du superflu, de la surabondance, de surproduction mondialement généralisée, et pas vraiment de pénurie. Mais pour maintenir le niveau de rémunération folle auxquels se sont habitués els capitaux depuis quelques années, il faut nous pousser à la consommation. Les achats de Noël à réaliser à tout prix (l’expression est appropriée) avant le mois de décembre participent de cette accélération forcée, de cette ambiance de folie qu’on tente et qu’on arrive bien à nous imposer. Reste à définir le on et les moyens de sortir du mouvement. Pas facile. Je ne suis pas économiste. Je suis bien en peine pour définir ma spécialité. N’empêche que les boîtes de chocolat empilées depuis le début du mois dans les magasins m’écoeurent. Encore que… Je ne mets plus les pieds dans les hypers où j’imagine avec un certain dégoût les rayonnages débordant de jouets chinois, bon marché et fragiles.

Période de brouillon.

Il faut bien commencer quelque part. Et ceci n’est qu’un prélude, un prologue, un échauffement.

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